Archive pour février 2012

Le Festival « Paris en toutes lettres » suspendu en 2012

29 février 2012 par MCorvillo

Crée en 2009 à l’initiative du maire de Paris, le festival dédié à la scène littéraire n’aura pas lieu en 2012.

Affiche de la saison 2011

Le festival « Paris en toutes lettres » célèbre depuis trois ans la littérature sous toutes ses formes à travers la capitale. Or, pour des raisons budgétaires, la mairie de Paris a pris la décision d’interrompre cet évènement. Dans une entrevue accordée à Livre Hebdo, Olivier Chaudenson, directeur artistique de ladite manifestation, confirmait cette information.

Pour autant, Paris en toutes lettres pourrait ne pas disparaître comme l’indique ce dernier, mais « dépasser la simple approche événementielle ». En effet, la mairie de Paris aurait le projet de transformer la manifestation en une scène littéraire permanente qui selon Olivier Chaudenson serait « entièrement dédiée aux écrivains, aux rencontres, à la littérature vivante et à ses nouveaux modes d’expressions : en particulier les lectures et les performances croisant le texte avec d’autres formes artistiques (musique, image, vidéo…). »

Par ailleurs, l’idée d’arrêter « Paris en toutes lettres » avait déjà été envisagée en juillet 2011 comme une piste d’économie pour la ville. Le site ActuLittré ne manque pas de souligner qu’une note interne faisait en effet valoir
« l‘arrêt de Paris en toutes lettres », dans le cadre du budget annuel de la Ville qui devra être adopté en octobre 2012. La baisse du budget alloué à la culture concernerait d’ailleurs d’autres établissements, même si dans un communiqué de juillet 2011, Bertrand Delanoë s’engageait « à ne pas remettre en cause la dynamique des festivals et établissements culturels qui font la richesse de la culture à Paris ».

Un lieu d’influences multiples…

De la Gaité lyrique au 104 en passant par le Point éphémère, le festival avait pour habitude de mettre en lumière la scène littéraire dans les lieux culturels les plus créatifs et dynamiques de Paris. Des concerts, des débats ou encore des exercices d’admiration permettaient de réunir acteurs, écrivains et lecteurs. Une manière alternative de promouvoir le livre et la littérature en général. Avec ce projet, Paris en toutes lettres perdrait sa mobilité – contraint de n’occuper qu’un local–, mais aussi sa part évènementielle.

En ces temps de crise, il est assez triste de constater que le budget alloué à la culture est le premier à subir des coupes, alors qu’il faudrait davantage mettre en lumière des artistes qui peinent parfois à faire connaître leur travail.

Une affaire à suivre donc, en attendant de connaître le lieu de convergence choisi par le Maire…

Apple s’attaque au marché de l’éducation avec iTunes U

28 février 2012 par Chrystèle Venutolo

Application iTunes U

Application iTunes U

L’application iPhone et iPad sortie le 19 janvier en tête des téléchargements !

À peine sortie, l’application pour iPhone et iPad iTunes U fait un carton. Elle est l’application la plus téléchargée la semaine de sa sortie. Il faut dire aussi qu’elle est largement mise en vedette dans Appstore, avec un encart spécial en tête de la sélection de la semaine, aux côtés d’iBooks 2.

Si l’application est toute nouvelle, le concept d’Apple l’est moins, puisqu’il a été mis en place il y a maintenant un an, en janvier 2010. Il s’agit d’une plateforme destinée aux universités, aux professeurs, ou aux institutions de référence comme les musées, sur laquelle ils proposent au public un contenu éducatif. Ce contenu peut prendre des formes extrêmement diverses, du bon vieux pdf à la vidéo, en passant par l’audio, les images, ou des manuels au format ePub. Le but est vraiment de révolutionner l’offre d’enseignement sur Internet en créant un contenu interactif.

Un grand atout pour Apple : les cours mis en ligne proviennent d’institutions des plus réputées. Ainsi, on peut télécharger des cours dispensés par les professeurs d’universités de l’Ivy League comme Yale, Harvard ou Princeton, ou de grands musées, comme le Museum of Modern Art de New York. En France, des écoles comme HEC ou les Mines sont également représentées. Apple se targue d’avoir négocié des partenariats avec les plus grandes institutions de 26 pays dans le monde, le but étant de proposer un contenu d’une grande qualité, accessible au plus grand nombre.

Une offre gratuite

Car le grand point fort de cette application et de tout son contenu, c’est la gratuité. En effet, tous les cours ainsi que l’accès à la plateforme sur ordinateur (Mac et PC) sont gratuits. Désormais, avec l’application iPhone et iPad (elle aussi gratuite), les cours sont également portables et disponibles n’importe où, n’importe quand. Il est donc possible de s’instruire sur tous les sujets, de télécharger des milliers de contenus, sans avoir ni à payer ni à assister à des cours traditionnels dans une université ou une école. On peut même s’abonner à certains cours pour recevoir automatiquement les mises à jour et les nouveaux contenus mis en ligne.

Il s’agit là d’une révolution dans le monde de l’enseignement. En effet, obtenir les cours d’institutions aussi prestigieuses, et notamment des vidéos qui nous font vivre le cours comme si l’on y était, nécessitait jusqu’à maintenant d’y être inscrits. Ce qui peut s’avérer extrêmement onéreux quand il s’agit de grandes universités américaines… Sans compter qu’il faudrait se trouver physiquement sur le territoire américain. Grâce à iTunes U, ces contenus sont démocratisés afin d’offrir un enseignement de qualité sans contraintes financières ou géographiques.

Cependant, ne nous y trompons pas. Si Apple veut ainsi se poser en acteur incontournable du marché de l’éducation, ce n’est pas par pure philanthropie. Les institutions qui souhaitent ajouter du contenu iTunes U doivent, comme toujours avec Apple, développer avec leur propre système, et les contenus produits sont soumis à leur approbation. L’entreprise garde donc la mainmise à la fois sur les types de contenus disponibles et sur leur distribution.

Atalante, entre agence de communication et maison d’édition

23 février 2012 par loraine.savary

Agence parisienne de création visuelle peu connue du grand public, Atalante intervient dans les domaines de la communication, de l’édition, de la signalétique, de la presse, de la scénographie et du multimédia.

Logo-Atalante

Logo-Xavier-Barral

Couplant les deux secteurs pour lesquels les étudiants du Master IEC sont formés, l’agence Atalante est l’exemple par excellence d’une pluralité complexe et complète de métiers, de compétences, de savoirs et de passion.

L’agence, couplée aux Éditions Xavier Barral (lui-même directeur des deux structures), porte ses missions sur le domaine culturel, avant tout parisien mais aussi au niveau national. Leur but est de servir un objectif de communication, traduire un contenu, exprimer une identité, le tout au travers de leur travail de conseil et de création, qui s’attache autant au sens qu’à l’image.

Comme on le voit dans certaines de leurs créations, l’identité visuelle est la signature d’un produit, de ses qualités, activités et ambitions, qui la suit dans toute forme de communication, et se doit d’être facilement et immédiatement compréhensible, reconnaissable et mémorisable. L’exemple parfait est celui de la création du logo de la Cité de la Musique : marquant, inoubliable, il forge aujourd’hui l’image de toute une génération.

Il en est de même en édition, où la clarté et la cohérence sont souvent des facteurs considérés comme liés au texte seul, et où le livre porte les valeurs de la maison, de la collection à laquelle il appartient, de son auteur… Les livres des Éditions Xavier Barral sont, eux, très ambitieux sur tous points : tant dans le contenu que graphiquement parlant.

Peu connus du grand public, ces livres sont tout de même très reconnus du « métier », comme le livre Tours, Denis Valode & Jean Pistre : l’aspect visuel est donc aussi extrêmement important et valorisant.

Pour l’agence, le graphisme est un élément essentiel qui affirme l’existence d’une marque, d’un produit, d’une entreprise. Il renforce en effet le pouvoir de communication du produit, d’un point de vue purement esthétique (et subjectif) mais aussi marketing (il le rend plus perceptible, plus accessible).

Que ce soit en édition ou en communication, ce que l’on retient à travers l’exemple de l’agence Atalante, c’est sa conception du langage visuel qui, grâce aux codes, aux couleurs, aux symboliques etc., offre des solutions conceptuelles et stratégiques adaptées à tout type de produit culturel, des institutions au produit livre lui-même.

Fête du Livre de Bron 2012 : ceci n’est pas une histoire vraie

23 février 2012 par Laure Tivolle

La 26e Fête du Livre de Bron ouvrira ses portes du 1er au 4 mars prochain dans la banlieue proche de Lyon. En compagnie de soixante auteurs invités, elle propose une cinquantaine de rencontres, lectures, spectacles autour de ce fil rouge : Ceci n’est pas une histoire vraie.

Affiche Fête du Livre de Bron 2012

Le public, attendu nombreux – ils étaient 25 000 l’an dernier – pourra y rencontrer une cinquantaine d’auteurs, parmi lesquels des écrivains reconnus comme Philippe Djian, Véronique Ovaldé ou Alexis Jenni (prix Goncourt 2011), mais également découvrir de nouveaux talents et réfléchir à des questions de société en compagnie d’historiens, de philosophes et de sociologues.

Une programmation variée

Grands entretiens qui donnent la parole à des figures incontournables de la littérature contemporaine, rencontres croisées entre deux écrivains autour de thèmes communs, lectures performances, spectacles… Le choix est vaste.

Vous pourrez ainsi commencer le festival jeudi soir par la visite d’une exposition sur l’approche de la folie chez les peuples autochtones des Amériques, puis reprendre vos esprits lors d’une table ronde le vendredi autour de la liberté de l’écrivain et du pouvoir de la littérature. À moins que vous ne préfériez assister à la rencontre entre des lycéens et Gilles Leroy autour de son roman Zola Jackson, plongée dans la Nouvelle-Orléans pendant l’ouragan Katrina. Pourquoi ne pas vous glisser dans une salle obscure le soir venu, et écouter l’auteur Anne Wiazemsky revenir sur ses liens avec Jean-Luc Godard, après la projection de son film La Chinoise ?

Fête du Livre de Bron 2011

Rencontre entre Javier Cercas et Mathias Énard pendant l'édition 2011 du festival - © Christine Chaudagne

Samedi, vous aurez le choix entre une quinzaine de rencontres avec des écrivains et penseurs, pendant lesquelles vous reviendrez sur les clichés truqués qui ont gagné le Grand Prix Paris-Match du photoreportage ou vous découvrirez comment Michel Schneider concilie dans son dernier roman son histoire et l’Histoire, en l’occurrence la Guerre d’Algérie.

Le dimanche, laissez-vous charmer par la lecture musicale du dernier roman de Véronique Ovaldé, puis flânez dans la grande librairie du festival qui réunit une quinzaine de libraires indépendants de la région, où vous piocherez parmi les conseils de lecture des écrivains présents.

Le jeune public n’est pas oublié. Les enfants pourront profiter d’ateliers, de spectacles, d’un salon de lecture en compagnie d’auteurs comme Marie Desplechin et d’une librairie spécialisée.

Fête du Livre de Bron jeunesse

Édition 2011 du festival - © Christine Chaudagne

Cliquez pour télécharger le programme complet.

Infos pratiques :

Fête du Livre de Bron plan d'accès

Hippodrome de Parilly, 4-6 avenue Pierre Mendès France, 69500 Bron

Arrêt de tramway « Parilly-Université-Hippodrome », ligne T2 (à 25 min. du centre de Lyon)

Entrée libre

Parking et crèche gratuits. Restauration sur place.

Horaires : vendredi de 12h30 à 20h, samedi de 10h30 à 20h, dimanche de 10h30 à 19h30.

Pour plus de renseignements : 04 78 26 09 31

Site du festival

1Q84 d’Haruki Murakami, dans l’attente du 3ème tome

21 février 2012 par CLP

A quelques semaines de la sortie du troisième tome de 1Q84, retour sur le parcours et l’ascension de son auteur.

Vous avez dû remarquer depuis quelques mois les nombreux lecteurs de 1Q84 dans les transports en commun, tenant dans leurs mains le best seller d’Haruki Murakami avec une couverture jaune pour le livre 1 et une couverture bleue pour le livre 2, tous deux sortis en France le 25 août 2011 chez Belfond. C’est donc avec une grande impatience qu’est attendu la sortie du 3e tome prévue pour le mois mars 2012.


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À la BPI, l’exposition devient virtuelle

20 février 2012 par Gaia MAGGI

L’exposition dédiée au monde de l’édition et inaugurée à la Bibliothèque publique d’information (BPI) en novembre se fait virtuelle. Comme pour d’autres événements présentés dans le passé, les organisateurs ont décidé de reproduire tous les contenus sur un site Internet gratuit et permanent, qui permet de revenir sur les moments forts ou d’approfondir certains sujets.

Initialement présentée à Limoges et ensuite mise à disposition des visiteurs parisiens, l’exposition « Éditeurs, les lois du métier » reconstruisait les étapes de la législation appliquée aux marchés de l’édition et de l’imprimerie des derniers 60 ans. En prenant le départ de la loi de 1949 sur la censure, le visiteur découvrait toutes les formes que celle-ci a pris en France pour chaque genre littéraire.

L’exposition a fermé ses portes depuis le 9 janvier. Pourtant l’intégralité de ses contenus est encore accessible au public en forme virtuelle. En effet, ordinateur à la main, on peut se connecter sur un site Internet entièrement dédié, constitué de plusieurs centaines de pages et enrichi avec des animations, des vidéos et des interviews. Chronologies, photos d’époque, couvertures de livres et planches de BD…on se croirait encore dans les couloirs du Centre Pompidou, même si ce qu’on a devant les yeux n’est rien de tangible.

En effet, étant été installée en plein milieu de la salle de lecture de la bibliothèque, les panneaux explicatifs étaient à peu de mètres des tables de lecture. Les vitrines qui exposaient les livres et d’autres objets d’intérêt se trouvaient collées aux rayons de la presse en libre-service. Les petits espaces conçus pour s’asseoir et regarder des projections-vidéo nécessitaient l’utilisation d’un casque. On se sentait donc un peu à l’étroit : la peur de déranger la lecture des autres était trop forte, l’impression de ne pas pouvoir circuler librement prenait le dessus.

Malgré tout, la grande masse d’informations était bien organisée et le contenu inédit, minutieusement présenté, rendait l’exposition unique en son genre.

L'interface du site dédié à l'exposition

C’est pourquoi, pouvoir la retrouver sur le web est un vrai plaisir. Comme expliqué sur le site, « Les expositions virtuelles sont conçues pour accompagner ou faire suite aux expositions sur place. Elles sont disponibles en permanence sur notre site et accessibles gratuitement ». Elles s’inscrivent alors dans la philosophie même de la bibliothèque : la culture est faite pour tous et doit être partagée, c’est-à-dire libre et non payante.

Effectivement, la BPI n’est pas nouvelle à des initiatives pareilles : le concept même d’exposition virtuelle avait été inauguré en 2007 avec la reproduction d’un autre événement, « Les Éditions du Seuil, histoires d’une maison ». À l’époque, la conception graphique et la réalisation avaient été confiées à l’agence Des Signes, entièrement axée sur la culture et les musées. Aujourd’hui, le relais a été pris par Opixido qui, sur son propre site, définit son orientation comme « une vision trans-media », prenant en compte aussi bien la communication papier que celle du web.

La première exposition virtuelle de la BPI

Si ces différents partenariats enrichissent l’offre culturelle de la Bpi, ils contribuent également à trouver et attirer de nouveaux publics, plus jeunes et plus à l’aise avec les nouvelles technologies. En somme, ils permettent à une institution classique comme la Bibliothèque de bien réaliser la transition vers le numérique dont on parle beaucoup. Contenu papier et contenu numérisé vont, pour une fois, ensemble. Ils se complètent sans pour autant entrer en compétition. Et ce faisant, ils arrivent à satisfaire tous types de publics.

Pour en savoir plus:

Le Labo de l’Édition : un projet innovant

19 février 2012 par chloe

Né fin 2011 grâce à la Ville de Paris, le Labo de l’Édition (situé dans le 5e arrondissement parisien) a pour objectif principal de créer des convergences entre le monde de l’édition et les acteurs du marché numérique, mais aussi de chaperonner les professionnels du livre désireux de diversifier leur offre. Zoom sur un projet innovant. Plus que nécessaire.

Le Labo de l’Édition : quoi qu’est-ce ?

Le labo : un lieu moderne - et coloré

À la fin des années 2000, le marché du livre numérique affiche une croissance de plus de 80% aux États-Unis. Même si, sur le territoire français, nous sommes encore loin d’une telle progression, force est de constater que la production et la consommation d’ouvrages numérisés tend à s’élargir. Les professionnels de l’édition papier l’ont bien compris mais sont rarement sensibilisés à ce changement fondamental. Le Labo de l’Édition a pour objectif d’accompagner les éditeurs dans cette transformation.

Le projet tend à vulgariser l’offre numérique, en proposant aux éditeurs des conférences, ateliers et carrefours des rencontres afin de créer plus facilement un lien entre l’édition traditionnelle et l’édition numérique. Ce nouveau pôle serait-il donc uniquement un local dédié à des débats et tables rondes ? Pas seulement.

Un accompagnement pas à pas

Discussion animée entre les acteurs de l'édition de demain

Le Labo aide aussi des entreprises réalisant leurs premiers pas dans ce secteur. Ces jeunes pousses de l’édition bénéficient d’un accompagnement sur mesure : offre d’hébergement des locaux au sein du Labo, coaching personnel, mise en relation avec des experts, formations sur l’évolution des métiers du livre… Une belle initiative, au vue des difficultés actuelles pour se lancer dans la création d’une d’entreprise dans la -très fermée- industrie éditoriale.

Et pour les étudiants ?

À l’heure actuelle, il est fondamental d’être sensibilisé à la mutation du secteur éditorial. Et avant de se lancer (pour les plus ambitieux) dans la création d’une maison d’édition, les conférences du Labo sont une première approche plus qu’intéressante. Techniques et didactiques, animées par des intervenants professionnels dynamiques, ces discussions se révèlent souvent plus qu’enrichissantes, pleines d’informations concernant le futur du livre. Malheureusement souvent payantes, il peut être profitable d’en parler au sein de son entreprise (si celle-ci ne connaît pas le lieu) afin d’obtenir un passe-droit -c’est faisable, testé et approuvé.

Pour aller plus loin :

- Le programme des conférences du Labo ;

- Demain le livre : une autre plateforme dédiée aux évolutions numériques dans le secteur de l’édition, organisant conférences, débats…

Crédits photos : site du Labo de l’édition et de la Ville de Paris

Millénium : du livre au film…

17 février 2012 par AEscobar

… d’une œuvre à l’autre. L’adaptation d’un best-seller au cinéma.

Si vous ne faites pas partie des millions de lecteurs de la trilogie à succès de Stieg Larsson mais si vous vous intéressez un tant soit peu à l’actualité littéraire ou cinématographique – ou plus simplement encore si vous utilisez quotidiennement les transports en commun – vous aurez forcément eu vent de la déferlante Millénium.

Cette trilogie de romans policiers de l’écrivain suédois Stieg Larsson, publiée entre juillet 2005 et mai 2007, fait toujours en 2012 grandement parler d’elle. D’une part par leur récente parution en format poche, pour les deux premiers tomes pour l’instant, et d’autre part par la sortie médiatisée de l’adaptation cinématographique américaine du premier volet : Les hommes qui n’aimaient pas les femmes.

Je tiens à souligner qu’il s’agit d’une adaptation remake. En effet, en 2009 le premier volet de Millénium avait déjà été porté sur grand écran par le réalisateur danois Niels Arde Oplev. Au vu du succès, en Suède notamment, dont avait fait l’objet ce premier film, les deux autres volets de la trilogie : La fille qui rêvait d’un bidon d’essence et d’une allumette et La Reine dans le palais des courants d’air ont par la suite également été adaptés au cinéma.

Si je propose aujourd’hui de m’attarder sur l’adaptation de David Fincher ce n’est pas en vue d’émettre une critique, positive ou négative, sur le travail du cinéaste – je n’en ai pas plus la prétention que la légitimité – mais plus simplement parce qu’en tant que lectrice régulière et amatrice de cinéma, je me suis interrogée sur la complexité que représente l’adaptation cinématographique d’un best-seller.

Ce qui m’a d’ailleurs poussée à aller voir ce film c’est qu’après avoir lu le livre je me suis posée plusieurs questions :

Comment un réalisateur peut-il parvenir à s’approprier l’histoire d’un best-seller ?
Comment peut-il parvenir à se détacher d’une œuvre afin de créer la sienne ?
Comment ce nécessaire détachement est-il possible sans pour autant être infidèle à l’œuvre d’origine ?

Le livre m’a beaucoup plu. Je n’irai pas jusqu’à le qualifier de chef d’œuvre de la littérature mais ce fut quoiqu’il en soit un agréable moment de lecture. L’histoire est bien ficelée, l’intrigue bien trouvée, les rebondissements fréquents, les descriptions abondantes et détaillées, les personnages surprenants…

Au moment d’entrer dans la salle de cinéma j’étais donc à la fois enthousiaste et dubitative au vu des interrogations que la perspective de l’adaptation de ce livre avait suscité chez moi.

Et finalement j’en suis ressortie plutôt agréablement surprise.

L’ambiance générale qui se dégage du livre me semble avoir bien été captée par le réalisateur. Le casting est quant à lui plutôt convaincant – et je ne dis pas cela en tant que fan absolue de Daniel Craig, je trouve d’ailleurs que c’est l’actrice Rooney Mara dans le rôle de Lisbeth Salander qui m’a parue le plus « coller » à l’image qu’on peut se faire d’elle en lisant -.


L’histoire, comme je m’y attendais, a clairement été simplifiée mais de manière, selon moi, plutôt judicieuse. Nous avons ainsi bien moins de détails concernant les personnages, mais ceci n’entame pas l’appréhension de la psychologie de chacun d’entre eux.
David Fincher ne se réfère pas autant au passé que Stieg Larsson ou du moins il entre moins dans les détails du passé sur lequel se base l’histoire narrée, mais une fois de plus cela n’interfère pas dans la fluidité et la bonne compréhension de l’histoire.
J’ai de plus noté qu’il nous révélait certains détails, certainement dans le but de favoriser davantage notre appréhension de l’histoire et des personnages, qui ne viennent que plus tard dans l’œuvre écrite.

En somme l’adaptation proposée par le réalisateur américain m’a convaincue en ce sens que malgré la simplification de l’histoire et les modifications apportées au scénario le film tient bien la route et reste tout de même fidèle à l’œuvre de Stieg Larsson.

Guy Delisle, nouveau fauve d’Angoulême 2012

16 février 2012 par flh

Guy Delisle Chroniques de Jérusalem

© Guy Delisle / Éditions Delcourt

Recevoir le Fauve d’or lors du festival de la bande dessinée d’Angoulême sonne assurément comme une véritable consécration, et propulse généralement les auteurs récompensés. Ce prix, décerné depuis 1976, est en effet le plus prestigieux de la manifestation, et il est de plus connu pour favoriser des ouvrages n’ayant pas été des grands succès publics, mais plutôt des succès critiques, plus confidentiels. Cette année, c’est l’auteur québécois Guy Delisle qui a été récompensé.

Une récompense méritée

Lors de cette 39e édition du Festival, et sous la présidence d’Art Spiegelman, Guy Delisle, né en 1966, s’est vu remettre la petite statuette de félin doré, pour son roman graphique Chroniques de Jérusalem, paru en novembre 2011 aux éditions Delcourt. L’auteur avait été nommé trois fois lors de précédentes éditions, sans succès jusqu’à présent.

Entre carnet intime et reportage

Dans ce dernier ouvrage, il raconte sa vie quotidienne en tant qu’expatrié. Une habitude chez ce voyageur-bourlingueur, qui avait déjà surpris en 2003 avec le cocasse Pyongyang, contant son séjour prolongé dans la capitale de Corée
du Nord. Cette fois-ci, c’est à Jérusalem qu’il s’est installé pour près d’un an et demi, suivant sa femme venue travailler en mission humanitaire. C’est sans doute cette part autobiographique, ce goût de roman d’introspection et de carnet de voyage qui a valu à cet ouvrage d’être récompensé.

Faire rire pour ouvrir sur le monde

Faussement naïf, à l’humour doux amer, élaboré à partir des anecdotes de la vie quotidienne, ce livre réussi à faire partager un quotidien souvent troublé et compliqué avec une légèreté salvatrice. L’humour comme moyen de détachement et d’analyse, l’humour comme ouverture sur le monde, loin des clichés ou du misérabilisme. Depuis, le succès semble avoir rattrapé son auteur, publicité autour du prix aidant : on ne s’étonne donc pas de retrouver l’ouvrage à la douzième place des meilleures ventes du géant en ligne Amazon en ce début de février.

Paris: les étudiants en édition au Pays des merveilles

6 février 2012 par CMarquevielle

Cette année encore, une masse d’étudiants cherchant à intégrer un master éditorial va se ruer sur la capitale comme un essaim d’abeilles désespérées face à la pénurie de miel. Mais peut-on encore croire au joli cliché du parisian way of life de l’étudiant bobo  ? Si l’on se fie à la réalité des étudiants en édition, clairement, non. Écornons donc aujourd’hui la vérité.

Une offre de formation géographiquement limitée

Aujourd’hui, bon nombre d’étudiants en lettres se détournent, allez savoir pourquoi, des carrières de l’enseignement qui leur sont communément prédestinées pour aller vers celles de la fabrication et de la commercialisation du livre. Depuis plusieurs années, en effet, beaucoup d’entre eux ont choisi de se consacrer à cette forme de culture, qu’elle soit papier ou numérique.

Malheureusement, encore peu d’universités en France proposent l’enseignement adéquat, et le monde de la formation éditoriale se résume actuellement au combat de David contre Goliath, des « provinces » contre la capitale. Quelques régions tentent tout de même de lutter contre cette hégémonie mais le choix géographique est bien maigre. En effet, si des irréductibles proposent des DUT ou autres diplômes éditoriaux dans le reste de la France, il n’en demeure pas moins qu’il existe un joli pays de l’édition qui s’appelle Paris, où la majorité des éditeurs vivent heureux et emploient le plus d’étudiants.

Leur choix est donc vite fait, et, à moins qu’ils ne préfèrent rester à la maison pour des raisons financières ou familiales, la plupart se résout à « monter à Paris », la bouche en cœur, et la tête pleine d’ambitieuses promesses. Prenons un exemple : dans la classe du M2 IEC de Cergy-Pontoise, 41 % des étudiants viennent de régions autres que l’Île de France pour ce Master, 29 % sont de la région ou ne sont pas venus pour la formation, et 30 % ne se sont pas prononcés. Cependant, en dépit de cet enthousiasme partagé, au pays de l’édition, comme dans tous les pays, on s’amuse, on rit, et on pleure, aussi.

À la croisée des mondes


Le problème pour tous ces nouveaux venus, est que, outre l’embargo éditorial exercé par la capitale et qui leur promet quelques regards condescendants à l’annonce de leurs origines provinciales, il va leur falloir surmonter plusieurs obstacles pour arriver à faire leur place dans le métier et dans la ville : le manque de logement sur Paris ; le prix des loyers ; la distance entre résidence, Université et éventuellement entreprise, qui va entraîner un budget élevé pour les transports en commun ; la concurrence pour trouver un stage, un apprentissage et a fortiori un travail (seuls 10 000 salariés sont recensés dans le milieu éditorial) ; le coût élevé de la vie, la densité et la personnalité de la population parisienne ; la charge de travail que va nécessiter un master pro éditorial…

On est donc bien loin de l’étudiant bohème qui vit d’amour, de culture et d’eau fraîche, se lève le matin, son béret sur la tête, pour aller chercher en vélo sa baguette de pain à la boulangerie centenaire du coin. Pourquoi ? Parce qu’à Paris, le temps c’est de l’argent, et que de l’argent, l’étudiant n’en a pas !


Pourtant, il faut croire que ces futurs éditeurs sont, soit réellement habités par la vocation mythique du livre, soit masochistes, car tout cela ne semble pas les décourager et ils continuent chaque année, et chaque fois plus nombreux, à venir grossir les rangs des universitaires franciliens.

Et, finalement, même si l’on regrette que cette filière de l’enseignement ne soit pas mieux répartie dans le pays, la promiscuité éditoriale a l’avantage de créer un climat compétitif et de préparer ses étudiants à la concurrence du marché du travail dès la première année du master. Alors, probablement que les vieux clichés survivront quelques années de plus dans les provinces françaises les plus reculées, mais, après tout, l’imaginaire fait partie de la littérature et la désillusion permet à l’enfant que nous sommes tous de devenir adulte.

CMarquevielle