La passerelle de l’humanité. JeSuisCharlie

La passerelle de l’humanité

Poème issu du recueil de poèmes A l’aube des solstices, à paraître en 2015.

Aurélien Di Sanzo, étudiant en M1 IEC

 

Pour la première fois, je ressens ces choses que je ne ressentais pas hier et que j’espère ne plus ressentir demain. Comme un pont, une sorte de passerelle sans fin qui se serait lourdement érigée entre mon corps et mon esprit, m’empêchant de relier l’un à l’autre. Rien ne sert de courir car plus j’irai vite, plus l’asphalte se déploiera devant moi. Plus je marcherai, plus le chemin sera long et plus la distance que j’aurais parcourue sera courte.

Ce que je ressens pourrait s’illustrer par un épais amas de boue sous mes pieds, un immense nuage gris et opaque au-dessus de ma tête. L’un comme l’autre engourdit mon être, m’obstrue la vue, atrophie mes envies. Confiné dans l’unique certitude de n’avoir aucun choix, je n’arrive pas à me décider. Tout ce qui m’entoure ne semble obéir à aucune règle. Ma réalité semble s’échapper vers une forme de dystopie dans laquelle j’incarnerais le seul personnage.

Je regarde le sang couler, frapper à terre comme des javelots, à l’image de deux rideaux rouges de théâtre qui se fermeraient lentement pour clore une pièce. Un goût amer ne tarde pas à assiéger ma bouche, une ambiance lourde et chaude fait pression sur mes épaules. Je suffoque et divague lentement vers des sphères qui me sont inconnues.

Je m’observe nager et perdre pieds à travers les marécages. Malgré tous mes mouvements, je fais du sur place. Dix mille vies ne m’aideraient pas plus. Il ne s’agit pas de choisir mais de comprendre ce discours obtus qui abrite ma tête. Interpréter le ciel à travers la noirceur de chacune de ses formes. Et décoder l’obscurantisme pour ne pas me tromper de chemins – ils sont si nombreux.

Car quand j’aurais compris, le choix s’imposera à moi. A travers une allée de cirrus, le chemin se dessinera, fluide, droit et limpide. L’évidence sonnera l’heure de la tolérance mais pour l’instant la lueur d’une heure demeure un leurre.

Qu’importe car j’aime à penser que ce pont disparaîtra, s’effacera et se dérobera au son de chacun de mes pas. Et alors mon corps et mon esprit entameront une course l’un vers l’autre pour rétablir ce lien si fort qui faisait, fait et fera de moi un être humain pour l’éternité.

8 janvier 2015

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