Paroles d’anciens – Caroline Govin

Caroline GovinIl y a quatre ans, la conseillère professionnelle du master, Sarah Braunstein, avait l’idée de demander pour le retour d’expérience professionnelle (REX, pour les connaisseurs) « tout sauf un power point ». Il fallait donc se rendre original. Nous nous souviendrons longtemps du slam que Caroline Govin a déclamé pour raconter son expérience professionnelle. Elle habite l’Asie maintenant, et nous raconte avec enthousiasme son parcours.

 

« Aujourd’hui, deux ans après mon diplôme IEC, je vis à Tokyo, dans une des plus belles villes du monde, chanceuse que je suis ! En tant que  « International medias consultant », je rencontre chaque jour les personnalités politiques et de l’industrie les plus influentes du pays pour les interviewer. La semaine dernière par exemple, j’ai passé une heure avec le PDG de Honda Motors. Lui et moi … et bien sûr, l’interprète anglais japonais. J’avais 60 minutes pour lui poser toutes les questions que je voulais pour un reportage de 8 pages en anglais qui paraît dans le bimensuel américain Newsweek Magazine. J’en ai aussi profité pour lui proposer des pages de pub, puisque ça fait partie de mon job : côté éditorial, côté publicitaire, côté communication, côté marketing. Toutes mes passions réunies en un job, qui dit mieux ? On me révèle des secrets « off record » sur l’économie mondiale. Je suis au cœur de l’actualité de l’Asie, en première place des coulisses de la troisième puissance industrielle mondiale, un métier prenant et palpitant. En mai dernier, j’ai eu la chance d’être accréditée presse au Sommet du G7 à Ise Shima, aux cotés d’Obama et Shinzo Abe. Comment ai-je fait pour en arriver là? J’ai appris à ne pas me solder professionnellement, à utiliser mon cursus à l’EFAP Paris ( Ecole Française des Attachés de Presse ) puis au master IEC pour créer de la valeur ajoutée à mon CV et le faire valoir.

 

Mon expérience IEC m’a permis de rencontrer des gens passionnés par l’édition, désireux d’ajouter à leur éventail la carte de communication. Moi c’était l’inverse. J’avais la com’, je voulais l’édition. C’est finalement assez rare de rencontrer des gens qui ont réellement une passion, surtout à la fac. On se retrouve souvent face à des étudiants qui atterrissent dans un cursus parce qu’il leur faut bien choisir quelque chose à défaut de savoir quoi faire plus tard. Pourtant dans ma promo IEC, il n’y avait que des passionnés. Passionnés par l’édition, par l’univers du livre, du numérique, des mangas, de la BD, des policiers, la littérature jeunesse, même de l’édition de jeux de société. Moi, j’étais passionnée par l’écriture, ayant toujours rêvé de devenir auteure, et je trouve qu’il n’y a rien de plus épanouissant que d’évoluer dans un univers où chacun respecte la passion de l’autre et s’en nourrit au quotidien. Ça a été une vraie révélation.

 

Pourtant me faire accepter au master n’a pas été chose aisée.  Priorité à ceux qui avaient fait leur master 1 en IEC, moi je débarquais toute fraiche de l’EFAP avec un master 1 en communication et aucune expérience en édition, mais j’avais vraiment envie d’avoir la double casquette pour devenir un jour auteure, journaliste ou éditrice.  Alors j’ai soigné mon dossier de candidature, poli ma lettre de motivation, affuté mon CV et je les ai inondés de lettres de recommandation. Verdict ? J’atterrissais sur la liste d’attente. À deux semaines de la rentrée, je n’étais toujours pas acceptée. Qu’importe, j’ai remonté mes manches, pris un aller pour Cergy, et ni une, ni deux, je me suis pointée devant la porte du master, deux jours d’affilé, j’ai plaidé ma cause en live. Je n’avais rien à perdre, tout à gagner. Et surtout, bien plus important, je leur ai expliqué qu’eux aussi, ils n’avaient rien à perdre et tout à y gagner. Je leur ai révélé mon projet de devenir auteure. (En 2011, j’ai travaillé pendant quatre ans avec Hachette sur mon premier manuscrit à le retravailler suivant les avis successifs de mon éditrice et des comités de lecture donc je connaissais le milieu de l’édition de l’autre côté.) Ça a marché, ils m’ont donné ma chance et an après, j’avais une toge, une toque, un beau diplôme et un peu plus de valeur ajoutée à mon parcours.

 

Un diplôme c’est tellement important. On ne le dit jamais assez. Ça vous donne le squelette de votre carrière, la légitimité d’aller plus haut, plus vite. Mais le squelette, ça ne fait pas tout, il faut des muscles. Et eux, il n’y a que sur les terrains que vous pouvez les gagner : stages, apprentissages, petits boulots. Le but du jeu c’est de galérer pendant vos études, mais après, à la sortie, de foncer et surtout, d’éviter les pièges d’un monde du travail qui n’est clément pour personne. En cela, c’est vrai que le master IEC, via la carte de l’apprentissage ou comme moi du stage en alternance, permet de rajouter des cordes à son arc et à ses compétences en ayant une vraie vie en entreprise. Ca fait réellement toute la différence.

Govenor of HiroshimaAvec le gouverneur de Hiroshima.

Pour valider ma formation, j’avais fait mon stage au sein de la rédaction du magazine n°1 de la course à pied. Mon rôle : chargée de développer la communauté en ligne du magazine. J’étais au cœur d’une rédaction (le côté édition) et je faisais de la communication digitale (communication), parfaite double casquette. Au bout d’un an, une fois diplômée, on m’a demandé de venir dans le bureau du chef de département pour me donner une promotion. J’exaltais. Il m’a dit qu’ils étaient tous ravis de mon travail et qu’ils voulaient me proposer un CDD d’un an, qui serait ensuite suivi d’un CDI. » Top ! Le job de ma vie. Entre mes cours d’édition et de communication à la fac le lundi et le mardi, et mes trois jours de stage j’avais réussi le pari : j’étais embauchée à la sortie !  Il m’a mis le contrat en face de moi, et j’ai aussitôt déchanté en découvrant qu’il manquait littéralement des chiffres à mon salaire. On me donnait une « promotion », mais mon salaire était coupé de 15%. Je ne suis pas douée en math, mais quand même, il y avait clairement quelque chose qui clochait dans l’équation. On m’a expliqué que le groupe de presse était en train de se faire racheter comme je le savais, que donc on ne pouvait pas me payer autant qu’avant, mais que je devais être contente malgré tout :  «  tu as un CDD d’un an et ça, c’est chouette, ça vaut tous les salaires du monde, non ? » J’hallucinais ! Tout ce qu’on raconte était vrai, ces gens qui essayent de vous exploiter et espèrent que parce que vous n’avez pas d’expérience, vous allez accepter. Je leur ai dis que non, ce n’était pas une question de salaire, c’était une question de respect. Je leur ai dressé le constat en chiffre de tout ce que je leur avais apporté, la valeur ajoutée que j’avais créée. Ils m’ont répondu mot pour mot « Tu verras dans un an, on t’augmenteras bien évidemment, en attendant, tu vis toujours chez ta mère non ? Tu n’as pas besoin de payer de loyer c’est parfait, et puis avec tout ce chômage en France, jamais tu ne retrouveras de boulot, en tout cas pas dans les prochains mois et puis nous, on est ta famille Caroline depuis le temps, ne l’oublie pas, on t’a pris sous notre aile pour valider ton master, c’est grâce à nous que tu l’as eu, mais Caroline, sois honnête avec toi même, qui veux -tu que ça intéresse ce master ? Tu es trop qualifiée pour beaucoup de poste et pas assez spécialisée pour d’autres ». Quand j’ai compris que la blague n’en était pas une, j’ai dit « bye bye », hashtag adios hashtag no regret. Pour la première fois de ma vie j’ai dit « non ». Trois lettres, auxquelles s’est ajoutée une belle lettre de démission. Ça a été une décision très difficile parce que j’adorais sincèrement ce job, mais j’en avais clairement assez de me faire marcher dessus et puis on venait de me dire que je ne trouverai pas de travail, j’étais bien décidée à leur prouver le contraire.

 

Ni une, ni deux, j’ai retrouvé un job dans la foulée. Dans une agence internationale qui collabore avec des titres comme le Figaro, USA Today et Newsweek US et EMEA. J’ai commencé au siège, à Madrid, et puis un matin ils m’ont appelée : « Caroline, tu pars à Tokyo, fais tes valises, on a besoin de toi là bas ». Vingt-quatre heures plus tard, je déjeunais à base de sushis en face du Mont Fuji. Ça fera un an que j’y suis.

 

La morale de l’histoire : Faites des études, ayez des diplômes pour gagner la légitimité de dire : je veux plus, je vaux plus et j’aurai plus. Gagnez de l’expérience pour vous créer de la valeur ajoutée et sachez la mettre en valeur (c’est le cas de le dire !). Les gens n’auront de cesse que de vous expliquer que vous valez moins que ce qui est écrit sur le papier alors c’est à vous de leur prouver le contraire, diplôme et expérience à l’appui ! Qu’importe le chemin que vous empruntez, master IEC ou pas, sachez le valoriser. J’ai vu tant d’étudiants sortir de la fac en même temps que moi, bras ballants de désespoir, allant supplier des institutions de bien vouloir d’eux en envoyant le même CV générique à tous. On mérite mieux ! On nous apprend que ce sera dur de trouver du boulot, que c’est normal de se brader, au début en tout cas, qu’on est trop qualifiés, pas assez expérimentés, qu’on n’a pas notre place. Mais c’est faux. On n’est peut-être pas assez expérimentés, mais on est jeunes, on est dynamiques, on a des idées, on est créatifs. On est frais, ambitieux, on veut changer le monde. Et ça, c’est de l’or pour une boite. On ne nous apprend pas assez qu’un entretien d’embauche ce n’est pas qu’à vous de convaincre l’entreprise de vous embaucher, c’est autant à eux de vous convaincre de leur offrir le quotidien des vos cinq prochaines années.

Donc mon petit conseil au passage, glané au cours de ma jeune carrière :  ne vous mettez jamais en solde, ni pour vivre de votre passion, ni dans vos relations personnelles ou professionnelles, battez-vous, échouez un grand coup, et remontez en selle. Il y a suffisamment d’opportunités pour tous, il suffit juste d’aller les chercher quitte à parfois s’expatrier !

 

Et pour ceux qui sont intéressés de lire les reportages que je fais et qui sont publiés dans le magazine Newsweek US relayé par le site the worldfolio.com en PDF, c’est ici :

 

http://www.theworldfolio.com/files/file/report-57c0091343dfb.pdf

http://www.theworldfolio.com/files/file/report-572ca6f6f070d.pdf

http://www.theworldfolio.com/files/file/report-56bb2008f1a01.pdf

http://www.theworldfolio.com/files/file/report-57c0099869faf.pdf

 

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