Après un master en histoire culturelle et plusieurs années dans la presse, Léa Cesari a choisi de conjuguer sa passion pour la culture et son goût pour l’édition en intégrant le Master IEC, qu’elle a effectué en alternance chez TheMetaNews. À son arrivée à Aix-en-Provence, le constat d’un manque criant de relais médiatiques autour de la vie culturelle locale fait germer une idée : créer son propre média. C’est ainsi qu’est né Flaix en juillet 2025, un magazine bimestriel qui met en lumière artistes, lieux et initiatives du territoire aixois. Tour à tour éditrice, journaliste, commerciale et graphiste, elle incarne une entrepreneuse passionnée et polyvalente, engagée à faire vivre la culture sous toutes ses formes. Elle nous partage aujourd’hui les coulisses d’une aventure exigeante, où créativité, ténacité et amour du papier se rencontrent.

 

 

1. Peux-tu nous parler de ton parcours et de tes différentes expériences professionnelles après le Master IEC ?
Pendant le Master, j’étais en alternance chez TheMetaNews, un média destiné aux chercheurs, du doctorat jusqu’aux directeurs d’université. C’était un média en ligne assez niche, mais ça a été une expérience très fondatrice et très utile pour ce que je fais aujourd’hui. J’étais un peu couteau suisse là-bas : ils m’avaient embauchée parce que j’avais été commerciale dans la presse avant de faire le Master IEC, donc, j’étais à la fois sur cet aspect commercial et à la fois sur le volet communication, édition et journalisme. Nous étions une petite équipe de quatre personnes, et c’était super riche. 

Après ça, j’ai été embauchée dans un centre de prospective qui a également une revue, où j’ai été journaliste et chargée de communication. Mais ça a été une expérience un peu désagréable pour moi, j’ai été mise en difficulté parce que la fiche de poste ne correspondait pas aux missions que je réalisais. J’avais été embauchée lorsque j’étais enceinte de mon deuxième enfant, et ils étaient au courant. J’ai été remplacée pendant mon congé, et quand je suis revenue, ils ont gardé ma remplaçante et ont mis fin à ma période d’essai. Moralement, ça a été très dur, mais je trouve que c’est un sujet important à évoquer : je n’ai eu aucun traitement de faveur malgré ma grossesse qui était pourtant difficile. Et donc, ça a été très compliqué comme expérience. 

J’ai mis un peu de temps à m’en remettre. Mais après, j’ai eu la niaque. Pour parler de la suite, en fait, j’ai eu une période de chômage après ça. Je me suis ensuite installée à Aix-en-Provence avec mon conjoint et nos deux enfants. Quand je suis arrivée ici, ça faisait un peu partie aussi de la procédure de changement, une volonté de reprendre sa vie en main. Puis, j’ai décidé de créer mon activité, le magazine Flaix, avec beaucoup d’énergie et de volonté.

2. Peux-tu nous parler de ton emploi actuel et de tes missions en tant que fondatrice d’un média culturel ? 
Avec plaisir ! J’ai créé la société en juillet 2025, un média créé à partir de rien mais qui trouve son origine dans un constat que j’ai fait en tant que nouvelle arrivante à Aix-en-Provence : le manque d’informations sur l’offre culturelle. 

Et donc, les missions sont très larges parce que, finalement, c’est un peu tout ce qu’on voit pendant le master IEC. Tout me sert aujourd’hui, tout ce que j’ai fait avant m’est utile aussi parce que j’ai été commerciale dans la presse quand j’avais 20 ans, j’ai vendu des abonnements pour Libération et les Inrockuptibles pendant plusieurs années. L’expérience en alternance me sert aussi beaucoup aujourd’hui. Je suis éditrice, journaliste, commerciale, un peu graphiste aussi, et évidemment entrepreneuse. Et donc là, c’est tout l’aspect aussi administratif, finances, budget… Ça regroupe un panel de choses très larges en termes d’organisation, d’administration, ce qui n’est pas du tout ce pour quoi j’ai plus d’appétence. Mais on s’entoure quand on a une société, on a forcément un comptable. Et puis, il y a aussi des programmes qui nous accompagnent. 

3. Qu’est-ce qui t’a donné envie de fonder ton propre média ? Et est-ce que tu avais des appréhensions à ce sujet ? Disons que c’est très 360, comme métier. Il faut être sur tous les fronts en même temps. En plus, il y a une question de récurrence et de suivi de l’actualité, évidemment, qui est très importante, beaucoup plus que dans l’édition classique. J’étais déjà un peu sensibilisée à ça, étant donné que j’avais déjà un pied dans les médias. Il y a une obligation de récurrence, puisque moi, ce que je fais, c’est un magazine bimestriel. Il y a une sortie tous les deux mois, c’est un rythme qui est très soutenu. Parce qu’il faut écrire les articles, les mettre en page, etc. Ce qui est vraiment le côté plaisir et agréable. Mais c’est tout le modèle économique qui est difficile à porter, parce que ce sont des insertions publicitaires que je vends pour permettre la production. Donc, je suis commerciale, en fait, ce qui prend actuellement 80% de mon temps. Je fais aussi beaucoup de réseaux, je rencontre des gens autant que je peux. 

Je dois faire un peu de lobbying pour sensibiliser les personnes et les embarquer dans le projet, un projet assez ambitieux, en fait. L’idée, c’est quand même de parler d’art et de culture à toute la population aixoise, des plus jeunes, des étudiants aux seniors, en passant par les familles et les actifs. Ceux qui aiment la culture et qui sont très affinitaires, comme ceux qui la maîtrisent moins, avec l’ambition aussi de parler de toute forme d’art et de culture. Dans les artistes célèbres qu’on a interviewés récemment, il y avait Marguerite, il y avait Giorgio, Keziah Jones, mais ça peut être aussi des peintres très pointus ou des artistes plasticiens peu connus. On parle même de gastronomie, on parle de terroir, on parle de tradition provençale. C’est assez ambitieux. 

Quand je suis arrivée à Aix-en-Provence, je ne connaissais personne dans cette ville, je suis arrivée avec un regard assez neutre et neuf. En essayant de découvrir l’offre et les événements de moi-même, parce que j’avais justement cette frustration de ne pas avoir de médias locaux qui m’aident à trouver, j’ai découvert des lieux d’art contemporain finalement très expérimentaux. Par exemple, il y a un centre d’art dans un hôpital psychiatrique, c’est un lieu qui est unique en France parce qu’il fait venir des artistes en résidence qui travaillent dans cette unité psychiatrique. Il y a un théâtre public qui est totalement gratuit, ça aussi c’est inédit en France. En fait, il y a des choses quand même très intéressantes et des initiatives aussi, avec beaucoup d’associations, mais un manque énorme de relais médiatiques. Là où un média culturel local est intéressant, c’est qu’il engage aussi à créer, il impulse une dynamique pour l’écosystème. Il le met en avant, le valorise, mais il permet aussi à d’autres choses finalement d’advenir et de se faire connaître. 

4. Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton métier ? 
Vous l’aurez compris, je suis assez seule sur le projet, parce que j’ai créé la société seule, depuis le début j’avais cette idée d’avoir un associé ou une associée, mais 

pour l’instant la rencontre ne s’est pas faite. J’ai des stagiaires, mais toujours sur une durée de deux mois parce que je ne peux pas les rémunérer. Il y a aussi des bénévoles autour du projet, des gens très proches de moi, mais on va dire qu’au quotidien je suis seule. Donc je maîtrise tous les chaînons, ce qui est pour moi toujours un grand plaisir, même s’il y a aussi des moments de stress intense, quand c’est le bouclage, quand j’ai tous les articles qui sont prêts, qui sont tous corrigés. C’est toujours un peu le bazar, parce qu’on fait tout en même temps, mais c’est un vrai plaisir parce que c’est comme si tu avais préparé ta petite recette pendant des semaines, et elle va prendre vie. Initialement, je n’étais pas très à l’aise sur la mise en page parce que je n’avais pas expérimenté ça en alternance. Je n’avais pas vraiment d’expérience autre qu’au Master IEC mais j’ai pu prendre la main dès la parution du deuxième numéro. J’avais confié la maquette d’origine à deux graphistes : une qui a réalisé le logo et l’autre qui a réalisé la maquette intérieure. Ensuite, j’ai pris la main et au fur et à mesure des numéros je m’améliore et surtout je m’amuse de plus en plus parce que je découvre des fonctionnalités et tout ça, c’est génial. Je me mets dans ma bulle créative à ce moment-là. 

 5. À quoi ressemblent tes journées ?
C’est très variable parce que, du coup, il y a une forte temporalité. Ce qui peut-être un peu dur (et qui, je l’espère, va évoluer) c’est que souvent les engagements financiers se font très peu de temps avant que j’envoie les fichiers à l’imprimeur. Donc il y a toujours un moment de stress intense. En général, j’arrive quand même à avoir les recettes publicitaires que j’espère. Disons que sur quatre numéros déjà parus, j’en ai eu deux à l’équilibre, un en déficit et un en positif. Globalement ça va, mais c’est quand même très difficile de gérer la pression financière. Donc je fais énormément de prospection, de démarchage, d’appels téléphoniques aussi. Et puis je suis un peu sur tous les fronts à la fois. J’avance sur les articles et le chemin de fer, et en même temps sur les budgets et puis les sollicitations diverses, parce que quand on est un média local c’est assez étonnant de voir à quel point il y a une attente qui se crée. Par conséquent, il y a aussi beaucoup de gens qui viennent à moi, qui m’écrivent, des associations, des artisans, des personnes qui ont envie d’être vues, etc. C’est engageant. 

6. Pourquoi t’être retournée vers le Master IEC et plus particulièrement vers l’édition ? Qu’est-ce qui t’a plu ?
Pour moi, l’édition était un peu un rêve d’enfant. Pour tout vous dire, mon papa était éditeur et quand j’étais petite j’ai passé beaucoup de temps dans sa maison d’édition. L’odeur que je préfère au monde est l’odeur du papier chaud. D’ailleurs, ce qui est marrant c’est que j’ai trois frères, il y en a deux qui, à l’origine, évoluaient aussi dans l’édition, notamment un qui est imprimeur de formation et l’autre graphiste de formation. Donc on a un peu baigné dans ce secteur, mon père était indépendant, il a eu beaucoup de difficultés dans son métier et m’a un peu interdit de faire la même chose que lui. J’ai donc cherché à faire autre chose. Quand je suis tombée enceinte de ma fille, au moment du confinement, la grossesse a remis les choses en perspective pour moi, surtout avec des questions comme « qu’est-ce que je fais de ma vie », « qu’est-ce que j’ai envie de faire », « où je vais », etc. Puis une amie m’a parlé de ce master qu’elle avait fait juste après le bac, elle en était très contente. Alors j’ai décidé de candidater, et c’était un peu la dernière chance parce qu’après je n’aurais plus eu l’âge pour être en alternance. J’étais très heureuse de pouvoir être acceptée dans ce master, et le fait aussi que ce soit très professionnalisant, qu’il y ait l’alternance avec une insertion dans le travail, pour moi c’était obligatoire, il fallait que j’ai un salaire. Donc il y avait cet aspect pratique financier et puis l’idée de se remettre en selle pour deux ans, pour avoir le bagage nécessaire et qui laisse plusieurs portes ouvertes. 

7. Quand tu es entrée au master IEC, est-ce que tu avais déjà un projet professionnel en tête ?
Oui, j’avais déjà l’idée d’être dans le secteur culturel, de lier édition et culture, car j’avais déjà un master en histoire culturelle et j’avais même démarré un doctorat en histoire des politiques culturelles. C’était plutôt l’aspect média qui était moins clair, peut-être que ça l’est devenu grâce à mon alternance. Mais ça aurait pu être de la communication dans la culture finalement. La recherche d’alternance était très compliquée du fait de mon âge, ça nécessitait une indemnisation vraiment importante et j’avais énormément de difficultés à trouver. J’ai donc eu vraiment beaucoup de chance de trouver cette alternance qui en plus était dans le domaine des médias.
Finalement c’est un peu comme si tout se goupillait et prenait sens. Et encore plus avec ce que je fais maintenant avec Flaix, c’est vrai que je pense que j’avais déjà un projet qui était un petit peu singulier par rapport à la plupart des étudiants de ma classe, qui étaient plutôt dans l’édition classique. 

8. Est-ce qu’il y a un projet sur lequel tu as travaillé et que tu as été particulièrement fière de porter ?
Je dirais le projet Ex Nihilo. Franchement, pour moi ça a été déterminant aussi. J’étais trop contente de le faire. J’ai travaillé sur l’édition du numéro de Bruxelles, qui est le moment où on a repensé la ligne éditoriale, refait la maquette, refait le logo, etc. J’ai adoré faire ça et c’est tout à fait ce que je fais aujourd’hui. C’était une version réduite de ce que je fais maintenant et surtout avec beaucoup moins d’enjeux financiers. Enfin, même pas du tout d’enjeux financiers, parce qu’à un moment on a eu l’idée de vendre une page de publicité, mais ça ne s’est pas fait car nous n’en avions pas forcément besoin. J’ai été quand même très impliquée, un peu trop même. J’ai vraiment construit toute la direction éditoriale, donc les choix des sujets, etc. J’ai beaucoup organisé aussi. J’ai fait la coordination, jusqu’au lancement qui était aussi assez réussi. J’ai adoré, ça a été une vraie révélation pour moi. 

9. As-tu une anecdote à partager concernant tes études au Master IEC ?
Pour moi, ça a été vraiment très fort cette formation. Je pense que c’était lié au fait que je sois jeune maman, ma fille n’avait que six mois. Donc en plus du contexte particulier Covid, les masques etc., il y avait ça. J’étais un peu la maman de la promo ! D’ailleurs, c’est une expérience que je m’étais amusée à utiliser pour le dossier du REX [Retour d’expérience en entreprise]. 

10. Quelles sont les compétences que le Master IEC t’a apportées ?
De manière générale, je pense que la pluridisciplinarité, c’est ce qui revient. Le fait de pouvoir toucher un peu à tout et d’avoir un petit peu d’aisance dans plusieurs pratiques et sujets aussi différents que le graphisme, l’écriture, la correction, etc., m’est très riche aujourd’hui. 

11. As-tu des conseils à donner aux étudiants qui souhaiteraient se lancer dans l’entrepreneuriat après le master ?
Je dirais surtout de se faire accompagner au démarrage. J’ai suivi les traces de mon amie Julie Pommier qui avait fait le programme Pépite. Elle a un parcours incroyable parce qu’elle, elle a commencé à préparer sa maison d’édition quand elle était encore au Master IEC. Et je me souviens d’avoir été très angoissée de l’entrepreneuriat du fait de mon père, notamment. 

Alors quand Julie me disait qu’elle allait créer sa maison d’édition, j’avais du mal à l’encourager parce que j’avais peur de tout ce que cela impliquait pour elle. Et en fait, quand je l’ai rappelée il y a un an et demi en lui disant que je pensais à ouvrir mon entreprise également, elle m’a recommandé Pépite, un programme d’accompagnement vers l’entrepreneuriat qui est proposé dans toutes les universités en France, qu’on soit étudiant ou jeune diplômé. Surtout, de manière générale, je dirais qu’il ne faut pas se mettre de limite !