Après une licence information et communication, Doriane Auvray a choisi le Master IEC pour conjuguer sa connaissance de la communication avec une découverte du monde de l’édition, qu’elle a effectué en alternance chez Weka. Passionnée de bookstagram depuis plus de dix ans, elle comprend très tôt que la promotion littéraire peut devenir un métier. Après plusieurs années comme social media manager chez Calmann-Lévy, puis chargée de communication aux éditions BMR, elle décide en janvier 2026 de se lancer à son compte. Tour à tour stratège, community manager et agente d’influenceurs littéraires au sein de l’Agence des mots, elle incarne une professionnelle libre et polyvalente, attachée à faire vivre la littérature sur les réseaux. Elle nous partage aujourd’hui les coulisses d’un parcours guidé par la passion du livre et la quête de liberté.

1. Peux-tu nous parler de ton parcours et de tes différentes expériences professionnelles après le Master IEC ?
Après le Master IEC, je ne suis pas restée très longtemps au chômage. J’ai quitté mon alternance chez Weka en septembre 2020 et j’ai été embauchée en janvier 2021, au poste de social media manager chez Calmann-Lévy. J’y suis restée trois ans et demi, jusqu’en novembre 2024. Et ensuite, j’ai eu l’opportunité d’aller vers la romance, qui est mon genre de lecture de prédilection. Et j’ai été chargée de communication aux éditions BMR pendant sept mois en CDD. C’était plutôt un poste événementiel, ce qui n’est pas mon métier, alors je suis partie. Entre juin 2025 et décembre 2025, j’ai pris le temps de réfléchir à ce que je voulais faire, et j’ai repris à ce moment-là mes réseaux sociaux littéraires personnels. J’ai fait aussi quelques missions par-ci par-là, toujours en communication digitale. C’est à ce moment-là que l’idée de me lancer en freelance en tant que social media manager m’est venue. C’était l’occasion de se lancer à ce moment-là, alors j’ai sauté dans le grand bain, et je suis maintenant social media manager en freelance depuis janvier 2026. 


2. Peux-tu nous parler de ton emploi actuel et de tes missions en tant que social media manager en freelance ?
En tant que social media manager en freelance, j’ai beaucoup de missions très variées, j’aime bien ne pas m’ennuyer et ne pas faire la même chose tout le temps. J’ai plusieurs clients et je ne fais pas que du community management par exemple, parce que pour moi le social media management englobe une grande partie de la communication digitale, du moins de la stratégie digitale, que peut avoir une marque, et en l’occurrence une maison d’édition. 

Dans mes missions, je fais autant du community management que de la stratégie social media ou encore de l’accompagnement en influence. J’ai plusieurs clients qui me permettent de réaliser toutes ces missions. Je fais alors du community management pour des maisons d’édition mais aussi pour une autrice indépendante, je fais également de l’accompagnement en influence pour des maisons d’édition, que ce soit de la gestion de partenariat, soit de leur programme “ambassadeur”, du listing d’influence pour leurs collections et des titres en particulier, je m’occupe aussi de lancement, d’événementiel. Et j’ai également une autre nouvelle corde à mon arc, celle de talent manager, c’est-à-dire que je suis agente d’influenceurs littéraires, au sein de l’Agence des mots. 


3. Pourquoi, après avoir été chargée de communication en maison d’édition, as-tu choisi le freelance ?
Le freelance s’est présenté à moi, à un moment où je ne m’y attendais pas du tout. Une raison pour laquelle j’ai choisi le freelance est liée au marché de l’emploi qui est actuellement très compliqué. Il y a peu de maisons d’édition qui recrutent, mais par contre elles cherchent des freelance, et donc c’était aussi un peu l’occasion pour moi de changer un peu de route, et de me lancer à mon compte, autant parce qu’il n’y avait pas d’offres d’emploi sur le marché au moment où j’ai quitté mon emploi précédent, autant que parce que cela me laissait vraiment la liberté de choisir mes missions, choisir mes projets et surtout d’organiser mes journées comme je le souhaite. 

Néanmoins, je travaille beaucoup plus qu’avant. Je me suis rendu compte en tant que freelance que je procrastinais plus au bureau ; la vie en entreprise est intense, elle prend beaucoup d’énergie et de place mentale. Aujourd’hui, je suis davantage focus sur mon travail et je suis plus productive, notamment car il y a aussi cet engagement de soi, où si nous on ne met pas de nous-mêmes, les clients ne suivent pas et où on n’est pas payé. Donc, le freelance est un vrai choix, mais il y a aussi des contraintes forcément, mais comme tout emploi je dirais ! 

4. Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton métier ? Y-a-t-il une mission que tu apprécies tout particulièrement ?
Ce que j’aime le plus aujourd’hui dans ce que je fais, c’est d’être vraiment libre, de faire un peu ce que j’ai envie de faire. À la différence du salariat, on vient à présent me chercher pour mon expertise, ce qui fait qu’on ne vient pas m’imposer une mission, ni un certain calendrier. En freelance, il y a cet avantage que les clients viennent me chercher pour mon expertise et c’est moi qui définis mon expertise et ce que j’ai envie de faire. Quand j’étais salariée, j’avais parfois des missions où je n’étais pas experte, ce qui impliquait des moments de formation. Maintenant, l’avantage c’est que c’est moi qui connais mon savoir-faire et donc qui choisis aussi mes clients en fonction de mes compétences.

À mes débuts en freelance, j’avais ajouté TikTok à mon expertise. Mais je ne suis pas du tout experte de TikTok et donc je l’ai enlevé. Aujourd’hui quand des clients me démarchent, je leur dis tout de suite que TikTok n’est pas du tout dans mon expertise, et que je m’occupe pratiquement seulement d’Instagram. Je ne me survends pas car cela ne sert à rien, ça ne décevrait que les gens et moi-même. Je sais de quoi je suis capable et c’est ce que je montre tous les jours à mes clients.
 

 5. Quelles qualités essentielles faut-il selon toi pour devenir social media manager/chargée de communication et d’autant plus en freelance ?
 Je pense que pour travailler dans les métiers de la communication et notamment dans les métiers du livre aujourd’hui, il faut de la passion. Pour ces métiers, où on est dans le cadre des métiers de la culture, il faut garder cette passion en tête ; on fait ces métiers pour l’amour du livre, l’amour de la littérature et l’amour de la promotion littéraire. Être passionné est pour moi la qualité principale à avoir. Il faut aussi faire preuve de beaucoup de diplomatie car il y a souvent plusieurs intermédiaires à nos métiers. Et, même dans la communication de manière générale, il faut savoir arrondir les angles et s’exprimer correctement. Il faut également être très observateur sur la manière dont les gens fonctionnent pour faire en sorte que lorsqu’on leur parle, ils comprennent ce qu’on leur dit et qu’ils assimilent notre vision. Ce n’est pas si simple que ça d’avoir une vision et de pouvoir l’exprimer très clairement afin qu’elle soit comprise comme nous on l’a en tête. 

Alors, il faut indéniablement maîtriser la rhétorique du discours, faire preuve de diplomatie, de pédagogie aussi parce que sur les réseaux sociaux les gens ne sont pas très compréhensifs. Dans notre métier, on est souvent considéré un peu comme le service après-vente des maisons d’édition et donc il faut aussi faire preuve de pédagogie parce que les métiers du livre représentent un milieu assez flou pour les gens. Il est alors important d’être à l’écoute, attentif, et de pouvoir accompagner les gens dans tout leur parcours de lecture. 


6. À quoi ressemblent tes journées en tant que social media manager en freelance ?
Aujourd’hui, mes journées ne se ressemblent aucunement ! Le statut de freelance fait que j’adapte mes journées en fonction des attentes et de mes plannings. Cependant, j’ai une sorte de “mois-type” : quand je démarre avec un client pour du community management, après avoir fait l’audit et établi la stratégie au 15 du mois par exemple, le calendrier éditorial est envoyé. Et c’est donc un peu le calendrier du mois suivant pour tous les posts qui seront publiés sur les réseaux sociaux de l’entreprise. Pour réaliser cela, j’ai besoin d’un catalogue, de connaître les sorties du mois, les attentes, les enjeux. Après, je leur propose un calendrier de communication, de publications pour être sûre qu’il y ait tous les posts attendus qui soient publiés. Ensuite, au début du mois suivant, j’envoie un reporting à mes clients pour faire l’état des lieux du mois précédent. Puis, toutes les semaines, ils me valident les posts pour la semaine suivante et on programme tout cela. Dans le community management, il y a aussi tout ce qui touche aux interactions, c’est-à-dire de répondre aux commentaires et aux messages privés. Il faut aussi se tenir informé de ce qu’il se passe sur les réseaux sociaux, de faire des reportings en ce sens et de pouvoir réagir quand il le faut.

Pour ce qui est de l’accompagnement en influence, ce sont des missions un peu plus ponctuelles. Elles sont intégrées à mes autres missions qui durent sur le long terme. Donc je n’ai pas de journée-type ni de semaine-type. Tout est très changeant, c’est l’avantage du freelance : je ne m’ennuie jamais et je n’ai aucune journée qui se ressemble. 


7. Y-a-t-il un projet sur lequel tu as travaillé dont tu es particulièrement fière (ou qui t’a le plus marquée) ?
Lorsque je travaillais chez Calmann-Lévy, j’ai organisé la soirée de lancement de Pierre Lemaitre pour le deuxième tome de sa tétralogie qui était Le silence et la Colère. Cette soirée a eu lieu dans une imprimerie de lithographie où se trouvaient des lampes néon, et le soir, lorsque les grandes lumières étaient éteintes, il restait juste des petites loupiotes qui éclairaient leur bibliothèque de pierres de lithographie, c’était absolument incroyable. J’y pense encore souvent parce que c’était un moment très intime et spécial, dans le sens d’une ambiance ultra cosy, et même un peu mystique. 

C’est un projet que j’ai adoré parce que je l’ai mené de A à Z, que ce soit dans la location du lieu jusqu’à l’invitation des influenceurs qui étaient présents. Pierre Lemaitre voulait rencontrer les « blogueurs », comme on les appelait à l’époque, et qui aujourd’hui correspondent aux créateurs de contenus. Je me souviens donc m’être occupée des invitations pour ces créateurs de contenus qui n’étaient pas du tout en lien avec Calmann-Lévy à l’époque, mais qui sont, aujourd’hui, des références de la littérature sur les réseaux sociaux. 


8. Pourquoi t’être tournée vers le Master IEC et plus particulièrement vers la communication ? Qu’est-ce qui te plaît ?
Je me suis tournée vers la communication à la sortie du bac. J’ai fait une licence information et communication, j’étais attirée par les médias et c’est au fur et à mesure de ma licence que m’est venue l’idée de faire de la communication autour du livre, ce que je ne savais pas avant. J’ai rencontré des gens passionnés par le livre en licence qui m’ont amenée à côtoyer le bookstagram qu’on connaît aujourd’hui, ça fait plus de 10 ans que je suis dessus, et c’est cette plateforme-là qui m’a permis de comprendre qu’on pouvait faire de la promotion littéraire son métier. Ensuite, c’est à la sortie de ma licence que je me suis un peu tournée vers les masters d’édition et ce que j’aimais beaucoup avec le Master IEC c’est qu’il abordait autant l’édition que la communication. Pour ma part, j’avais déjà une bonne connaissance de la communication mais je n’avais aucune idée du fonctionnement de l’édition de manière générale, c’est pour cette raison que je me suis tournée vers le Master IEC. 


9. Quels souvenirs gardes-tu du Master IEC ? As-tu une anecdote drôle ou mémorable de tes années de master à nous partager ?
Ce que je garde en tête du Master IEC c’est ma promotion. On était que des filles et on a eu un lien très fort toutes ensemble. Nous sommes devenues des copines, voire des amies pour certaines. Il y en a même que j’ai revues la semaine dernière, après 6 ans sans s’être vues ! On a gardé un lien fort pour beaucoup, et il y en a même avec qui je travaille encore aujourd’hui. On était une promo très particulière, notamment dû à notre solidarité. Et, avec le Covid, on a fini l’année en visio, ce qui nous a permis de se serrer les coudes à cette époque. Ça nous a vraiment unies et aidées dans notre ambiance de promotion. Aujourd’hui encore, on est beaucoup à être très copines et si on a besoin d’aide professionnellement on peut se contacter. 


10. Quel était ton cours préféré ?
Mon cours préféré était le cours de diffusion-distribution, qui nous a fait connaître un pan du marché du livre qui est flou pour beaucoup de personnes. Au-delà du cours en lui-même, je pense que si je l’appréciais autant c’est grâce à la personne qui donnait le cours car elle a amené un élan de fraîcheur.

Le cours était donné par Caroline de Salaberry, qui est relation libraires chez Actes Sud. Je me souviens que lors du premier cours, elle est arrivée en nous tutoyant et en nous demandant de l’appeler par son prénom, car nous serions amenées à devenir ses collègues l’année prochaine. Aujourd’hui, j’interviens moi aussi en classe et c’est la première chose que je dis aux étudiants ; de s’appeler par nos prénoms et de se tutoyer car d’ici un ou deux ans on sera collègues. J’ai trouvé ça très fort le fait de ne pas avoir été prises comme seulement des étudiantes mais comme des futures collègues. C’était une méthode de cours qui était très forte, pour moi en tout cas. Je me souviens aussi que Caroline de Salaberry nous avait appris beaucoup de choses sur le fonctionnement de la diffusion et de la distribution, c’était passionnant ! 

11. À quel projet tutoré as-tu participé ? Est-ce que tu penses que cela t’a apporté une compétence particulière ?
En M1, j’ai participé à la valorisation du master sur les réseaux sociaux et sur Internet de manière générale. C’était un peu inné pour moi de participer à ce projet tutoré, je pense ! J’étais un peu la référente du projet à ce moment-là et ça m’a apporté beaucoup de connaissances en matière de leadership. J’ai adoré m’occuper de la coordination avec tous les autres projets tutorés des M1 et M2, et l’avantage c’est que j’ai pu échanger avec les deux promos. J’ai d’ailleurs encore beaucoup de liens avec les anciens M2 lorsque j’étais en première année et je pense que ça m’a aussi apporté un réseau en plus.

En deuxième année, je faisais partie de l’équipe de l’organisation du voyage professionnel de fin d’études mais à cause du Covid il n’a pas eu lieu, ce qui était très dommage parce qu’on était très avancé. En février on avait déjà les billets d’avion et l’hébergement réservé, il nous restait seulement une visite à programmer pour mai. Mais tout est tombé à l’eau et à la place, on a fait un petit voyage digital qu’on a mis sur les réseaux sociaux pour compenser. 


12. Plus généralement, y a-t-il un cours, un projet ou une expérience marquante pendant le master qui t’a particulièrement aidée pour la suite ? 
Les ateliers de négociation m’ont vraiment aidée. Ces ateliers étaient sur deux jours intenses de mises en situation de négociation. Je me souviens que l’une des situations était une prise d’otages fictive par exemple. Et, je pense que ça m’a aidée à analyser les gens avec qui j’échange. Cela m’a permis d’entrer dans l’observation des autres et surtout de comprendre leur fonctionnement, par rapport à leurs mimiques, à leurs expressions faciales, pour ensuite mieux communiquer avec eux. 


13. As-tu des conseils à donner aux étudiants qui souhaiteraient se lancer dans la communication après le Master IEC ?
Mon principal conseil pour les étudiants qui voudraient se lancer dans la communication, c’est de garder contact avec votre promotion. C’est votre premier réseau et on sait à quel point l’édition est un métier de réseau. Les étudiants de votre promotion sont les premiers qui seront avec vous dans votre vie professionnelle ensuite et ce sont parfois eux qui vous mèneront à d’autres emplois, d’autres contacts, d’autres personnes. Ne négligez pas ça, c’est l’une des choses qui m’a le plus marquée et la preuve c’est qu’on se revoit encore avec ma promo. Quand vous êtes en salon ou dans des événements mondains, ces gens vont pouvoir être vos repères, ce qui est très important dans des événements où on ne connaît peut-être pas grand monde. Ce sont aussi des liens qui vont vous mener à d’autres personnes. Ne négligez pas le réseau et ça vous apportera aussi probablement des amis pour la vie ! 


14. Si professionnellement tu étais un personnage de fiction, ce serait qui ?
Si professionnellement j’étais un personnage de fiction, je serais sans hésitation Doctor Strange, parce que ma vie entière est un multivers ! 


15. Question bonus : plutôt team mémoire de fin d’année ou team projet tutoré ?
Team projet tutoré ! J’ai beaucoup aimé travailler sur le mémoire, mais je pense que ce qui m’a aidée c’est qu’on était en période Covid et que j’étais confinée chez moi. Mais, j’ai adoré le travail en équipe des projets tutorés. Je suis quelqu’un qui me nourrit vraiment des énergies des autres et donc j’ai adoré pouvoir bosser avec d’autres personnes en équipe. Pour moi, c’est ce qui vous permet de vous professionnaliser au sein du master et de pouvoir mener à bien des projets que vous pouvez mettre en avant ensuite dans votre recherche d’emploi ou dans vos compétences professionnelles.