1. Pourriez-vous vous présenter, présenter votre parcours ainsi que votre poste actuel ? Avez-vous vous-même effectué une formation d’apprentissage ?
Je suis donc Marie Dreyfuss, directrice éditoriale aux éditions Michel Lafon sur le pôle illustré : tout ce qui est beaux livres, livres pratiques, etc. Concernant ma formation, j’ai fait une maîtrise de lettres et un DESS (Diplôme d’Études Supérieures Spécialisées) à niveau Master 2 en édition à la Sorbonne. C’est de cette manière que j’ai accédé au monde de l’édition. Je suis donc directrice éditoriale. Cela fait vingt-cinq ans que je suis aux éditions Michel Lafon, donc j’ai parcouru un certain nombre de postes allant d’assistante d’édition, éditrice puis responsable éditoriale et enfin directrice éditoriale. J’ai pu voir tout le panel de métiers autour du poste d’éditeur, et cela fait maintenant près de 20 ans que je travaille sur le livre illustré et le beau livre.
2. Comment avez-vous décroché votre premier poste dans l’édition et avez-vous eu des difficultés pour rentrer dans le secteur ?
J’ai fait des stages pour me familiariser avec le monde de l’édition, à l’époque il n’y avait pas beaucoup d’alternance, ça n’existait pas tellement, peut-être même pas du tout dans le secteur du livre. Il se trouve que j’ai fait un stage aux éditions Michel Lafon. Après celui-ci, j’en ai fait d’autres et j’ai notamment obtenu un premier poste chez La Martinière. Puis, j’ai eu une opportunité, un poste s’est libéré chez Michel Lafon, j’ai recroisé une personne avec qui j’avais travaillé au Salon du livre de Paris qui m’a proposé ce poste d’assistante d’édition et je ne l’ai plus quitté cette maison depuis.
Pour répondre à votre question, ça n’a pas été une grosse difficulté pour moi d’entrer dans ce milieu. J’ai quitté le poste que j’avais à La Martinière, j’ai eu quelques mois d’interruption mais très peu et après j’ai tout de suite enchaîné sur un poste aux éditions Michel Lafon.
3. Comment est-ce que vous décririez votre rôle au quotidien auprès de votre alternant en tant que tutrice ?
Être tutrice d’apprentissage, c’est un rôle d’accueil : d’accueil de l’étudiant qui est en apprentissage, c’est un rôle de transmission dans le but d’épauler, d’intégrer quelqu’un à une équipe et puis de transmettre tous les savoir-faire qui sont nécessaires au métier d’éditeur, c’est comme ça que je vois le tutorat. C’est comme le fait de chaperonner une personne pour lui mettre le pied à l’étrier, et l’aider à intégrer le monde du livre, parce que souvent ce sont des personnes qui n’ont pas d’expérience dans ce milieu. Évidemment, c’est aussi intégrer cette personne à l’équipe et dans une production éditoriale aussi, de faire valoir cette recrue pour qu’elle fasse partie de l’équipe et qu’elle développe ses qualités et capacités sur les tâches qu’on lui confie.
4. Quelles sont les qualités essentielles selon vous pour être un bon tuteur d’apprentissage ?
Pour être un bon tuteur d’apprentissage, je dirais qu’il faut avoir cette envie de transmettre, je fais partie des personnes qui considèrent que si l’on fait la démarche d’accueillir un alternant, c’est pour lui transmettre quelque chose. Il ne faut pas voir l’alternant simplement comme une nouvelle recrue qui va nous servir dans notre équipe, même si évidemment, il y contribue. Mais c’est d’abord l’envie d’accueillir, d’apprendre, d’intégrer à une équipe aussi, qui est importante.
5. À l’inverse, quelles qualités sont essentielles pour être un bon alternant ?
Un bon alternant, pour moi, c’est quelqu’un qui a envie d’apprendre, de découvrir une entreprise et son fonctionnement, d’avoir une vraie curiosité. Puis, aussi des capacités de rigueur : on est amenés à demander de nombreuses choses à son alternant, c’est vrai qu’il faut aussi être capable de s’intégrer à une équipe, et de savoir évoluer par rapport à ce qui est demandé. Il faut donc savoir découvrir une entreprise, une équipe, des collègues, une direction, et savoir composer avec tout ça, quel que soit son parcours avant, et sa personnalité.
6. En quoi un alternant apporte une valeur ajoutée au sein d’une maison d’édition ?
Forcément, un alternant est un élément de plus dans une équipe. En ce sens, pour nous aider et travailler sur des projets, c’est une valeur ajoutée énorme. C’est quelqu’un qui vient de l’extérieur, avec une fraîcheur, une certaine jeunesse qui est assez précieuse, comme un nouveau regard. Je trouve qu’à chaque nouvelle personne qu’on recrute, on va pouvoir découvrir des nouvelles qualités et capacités. C’est toujours intéressant d’accueillir quelqu’un de nouveau, c’est vraiment une valeur en plus pour nous. Puis, il y a des façons de travailler, des centres d’intérêt que peut avoir l’alternant, qui peuvent nous apporter un nouveau regard sur une façon de travailler. Également dans la relation aux membres de l’équipe, à la maison d’édition en elle-même, il peut être un vrai plus par rapport à une équipe qui est déjà établie. L’alternant, c’est lui qui va apporter de la nouveauté dans l’équipe.
7. Pensez-vous que l’alternant est un élément important pour le secteur de l’édition, et pourquoi ?
Je vous ai parlé de mon expérience personnelle, où l’alternance n’existait quasiment pas. Je trouve qu’il y a un vrai plus, une belle évolution pour accéder au monde de l’édition. Pour toutes les raisons que je vous ai expliquées, l’alternant a une vraie plus-value dans une maison d’édition. En revanche, le seul problème pour moi, c’est qu’il y a de plus en plus de formations qui proposent des alternances, et j’ai le sentiment que ça bouchonne un petit peu du côté des entreprises pour pouvoir accueillir tout ce monde. Je me rends compte que c’est un peu difficile de trouver des alternances aujourd’hui.
8. Comment l’alternance s’intègre-t-elle dans le quotidien de votre poste ? Confiez-vous plutôt des missions d’assistanat ou bien de suite projet complet ? Quelle est votre dynamique de travail avec votre alternance ? Sachant que le format de l’alternance, c’est trois jours, deux jours dans la semaine, forcément ça impose certaines contraintes, mais on s’y habitue ! Ça dépend d’où vient l’alternant également, parce qu’il y a des formations qui ne sont pas tout à fait établies de la même façon. On s’organise par rapport à ça. Évidemment, il y a un petit côté frustrant sur les deux jours où la personne n’est pas là, ça c’est sûr. On préfère avoir une personne tout le temps, surtout quand on recrute des bons alternants, on serait heureux de les avoir en permanence. Mais on s’arrange pour qu’il y ait des tâches qui soient réparties sur les trois jours de présence dans l’entreprise. Donc c’est un peu du coup par coup. Je m’attache toujours à ce que l’alternant qui travaille avec nous puisse aussi avoir des tâches de fond et des projets plus en autonomie qu’il ou elle va pouvoir mener de A à Z. Alors évidemment toujours avec un référent, mais que ce ne soit pas juste des petites tâches au quotidien, juste une relecture d’épreuves par-ci par-là, une rédaction d’argumentaire… Non, je confie un projet intégralement pour qu’il y ait aussi cette part d’apprentissage complet, que la personne puisse voir le métier dans son intégralité.
On essaie d’alterner, de trouver un bon rythme par rapport à tout ça. Puis, prévoir aussi des choses à faire la semaine d’après. Même sur du plus long terme, c’est important de confier des missions qui ne sont du ressort que de l’alternant. Je vais vous prendre un exemple : quand on doit préparer un matériel commercial sur un catalogue de livres illustrés, ça peut être un travail assez conséquent. Il faut faire des prémaquettes, aller chercher des informations à droite à gauche, alors c’est quelque chose que je vais confier intégralement à l’alternant qui est avec nous. C’est de sa responsabilité. Sachant qu’encore une fois, l’alternant n’est présent que trois jours dans la semaine, il y a donc des choses qu’on ne peut pas confier.
9. Est-ce que vous avez rencontré des défis en tant que tutrice d’apprentissage ?
L’absence de l’alternant sur une partie de la semaine, c’est sûr que c’est toujours un petit défi, même si on sait que c’est la règle du jeu, ça fonctionne comme ça. Mais voilà, ça impose quand même certaines contraintes d’organisation. Après, ce qu’on peut considérer comme un défi, même s’il est modéré, c’est le fait que chaque personnalité est différente. Du coup, c’est aussi de composer avec ça sur un temps qui est quand même limité, de un an ou de deux ans. Sur le temps moyennement court de l’alternance, il s’agit de trouver une façon de travailler avec chaque alternant, de le former, de trouver une façon de travailler qui convienne à tout le monde, et à l’alternant, et à l’équipe avec laquelle il travaille. C’est toujours un petit défi, parce que les alternants arrivent avec leur façon de faire, et que parfois, ils sont peut-être un peu surprenants ! Mais ça reste raisonnable et gérable.
10. Que diriez-vous à un professionnel du secteur qui hésite à recruter un alternant aujourd’hui, notamment sans les aides financières ?
Pour moi, c’est donner sa chance à tous les étudiants qui ont envie de travailler dans le secteur, et je trouve que l’alternance est quand même un des formats les plus intéressants pour mettre un pied dans l’édition. Effectivement, il y a moins d’aide, c’est un petit peu plus compliqué, mais finalement, on s’y retrouve toujours. On trouve toujours des recrues très intéressantes, ça reste quand même une ressource supplémentaire pour nos équipes, pour moi c’est très important. En termes de besoins et de ressources financières d’une maison d’édition, le fait d’avoir ces étudiants qui sont quand même formés, encadrés, et qui peuvent apporter beaucoup à une entreprise, sur une période d’une à deux années, je trouve que ça permet quand même de faire un bon bout de chemin ensemble. Puis, les deux côtés peuvent s’y retrouver et avancer sur des projets, sur un programme, sur le fait de monter des projets de livres ensemble, donc il faut y aller !