De ses débuts chez Bordas au secteur institutionnel de l’ICOM, Virginie Lassarre a exploré de multiples facettes du monde de l’édition. Entre scolaire, publications scientifiques et ouvrages grand public, elle a construit un profil de véritable « couteau suisse » ! Aujourd’hui éditrice freelance, elle se consacre pleinement à la coordination de projets sur mesure et nous raconte les coulisses de son quotidien d’indépendante.
- Peux-tu nous parler de ton parcours et de tes différentes expériences professionnelles après le master IEC ?
Avant d’intégrer le Master IEC en 2016, j’ai fait des études d’anglais, donc plutôt axées littérature anglophone, britannique notamment, et ensuite plus spécialisées dans l’enseignement de l’anglais second degré. Je me suis ensuite réorientée vers l’édition parce que je ne me sentais pas à l’aise à cette époque-là pour me lancer dans l’enseignement. J’ai donc réfléchi et je suis revenue à mes premières amours, les livres, l’écriture, la lecture, et naturellement, j’en suis venue à me renseigner sur l’édition et j’ai trouvé le Master IEC qui est en alternance. C’est ça que je recherchais et c’est d’ailleurs ce qui m’a propulsée dans le milieu professionnel une fois diplômée car après mon alternance aux éditions Bordas, j’ai ensuite été embauchée après le master en CDD pendant neuf mois. Après ces neuf mois, j’ai trouvé un CDI au Conseil international des musées, l’ICOM [International Council of Museums], qui est une ONG qui rassemble des professionnels de musée dans le monde. J’étais au département des publications là-bas, en tant que chargée d’édition. Et lors de cette expérience, j’ai pu mettre en œuvre mes compétences en anglais et en édition.
- Peux-tu nous parler de ton emploi actuel et de tes missions en tant qu’éditrice freelance ?
Mon emploi actuel en tant qu’éditrice freelance reprend un peu les missions que j’ai pu avoir par le passé chez Bordas, mais aussi au sein du Conseil international des musées. J’effectue des missions de corrections ortho-typo mais aussi des missions de corrections approfondies de manuscrits, je rentre en profondeur dans les textes et j’échange avec les auteurs ; ce n’est donc pas seulement un travail sur la forme mais aussi sur le fond. Je fais aussi de la maquette de temps en temps, de la traduction de l’anglais vers le français, mais aussi et surtout de la coordination de projets éditoriaux sur plusieurs mois, du manuscrit au BAT [Bon à Tirer].
En tant qu’auto-entrepreneuse, je suis toute seule et j’ai le statut de micro-entreprise. Dans ce sens, des clients viennent à moi (comme des maisons d’édition, des structures, des agences, etc.) ou bien je les contacte. Mais dans les projets même, il y a toujours des liens avec d’autres acteurs (graphisme, traduction, par exemple) qui sont soit internes aux maisons d’édition, ou soit freelance comme moi. Je suis donc toute seule à mon échelle sur mes propres missions édito mais je suis amenée à échanger avec plusieurs autres personnes au quotidien.
Aussi, je continue à travailler régulièrement avec Bordas, et notamment pour le département primaire, je travaille aussi avec le Robert, Michel Lafon Éducation et aussi avec deux ONG : l’ICOM et l’Organisation Mondiale de la Santé Animale. Je dirais que je suis un peu un couteau suisse parce que j’arrive à m’adapter aux différents manuscrits, projets, quel que soit le domaine. Je fais beaucoup de scolaire, je travaille sur des projets grand public avec le Robert, ou encore sur des publications scientifiques, avec Museum International, la revue de l’ICOM, à destination des professionnels des musées.
- Pourquoi, après avoir été éditrice en maison d’édition, as-tu choisi le freelance ?
Le freelance s’est un peu imposé à moi, car j’ai quitté Paris pour m’installer en Bretagne. Je voulais absolument continuer d’exercer le métier d’éditrice, puisque je l’adore, alors j’ai trouvé ce moyen-là, par le freelance, pour rester dans ce domaine éditorial, tout en conservant aussi mon réseau. De mon coin de Bretagne, je continue à travailler avec mes anciens collègues et mes contacts à Paris et tout en développant mon réseau, y compris localement.
- Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton métier ? Y-a-t-il une mission que tu apprécies tout particulièrement ?
Ce que j’aime dans ce métier, c’est le travail du texte. C’est un travail de dentelle et j’aime le fait de pouvoir faire passer l’idée de l’auteur ou de l’autrice, de rendre sa pensée la plus claire possible et d’échanger avec lui ou elle par téléphone ou par mail. C’est une mission qui permet d’assouvir une forme de curiosité, de connaissance sur un sujet. C’est très nourrissant et c’est aussi humain puisqu’en tant que freelance je suis seule et je n’ai pas de collègues à proprement parler, donc cette relation avec les auteurs et sur leur texte, c’est très important pour moi. Une autre facette de mon métier que j’apprécie très particulièrement, c’est la coordination des projets éditoriaux de A à Z, c’est-à-dire du manuscrit jusqu’au BAT, et le travail d’équipe qui en découle, avec tous les acteurs qui participent à la production.
- Quelles qualités essentielles faut-il selon toi pour devenir éditrice et d’autant plus en freelance ?
Pour être éditrice, et d’autant plus en freelance, il faut selon moi avoir une bonne capacité d’adaptation. Il faut savoir s’adapter aux exigences de la maison d’édition, de l’agence ou encore de l’association pour laquelle on travaille afin de répondre aux besoins du mieux possible. Il faut également s’adapter à la ligne éditoriale d’une collection, d’un ouvrage en particulier, s’adapter à l’auteur ou l’autrice aussi, pour comprendre ce qu’il ou elle veut dire et ensuite vulgariser ou clarifier, etc. L’adaptation est donc une qualité très importante !
La curiosité est une autre qualité essentielle selon moi parce que quand on travaille un manuscrit, il faut aller au fond des choses, creuser l’information et ne pas laisser planer de doutes : c’est bénéfique pour nous, pour l’autrice ou l’auteur et pour les lecteurs aussi. Et l’organisation est aussi primordiale pour articuler les différents projets.
- À quoi ressemblent tes journées en tant qu’éditrice freelance ?
J’essaye de me caler sur le rythme du salariat pour encadrer mes journées et garder une certaine rigueur. Donc je commence aux alentours de 9h et je finis vers 17h30, surtout depuis que j’ai mon enfant ; c’est important de préserver sa vie de famille, surtout en freelance, parce qu’on peut facilement déborder. Mais ça peut m’arriver de faire des extras dans la soirée. En général, pendant ma journée, j’essaie de me concentrer sur un projet le matin et un autre l’après-midi. Quand il y a des urgences, je vais donner la priorité à celles-ci. Mais je n’ai pas de journée-type, ça va dépendre des projets en cours et du planning établi.
- Pourquoi t’être tournée vers le master IEC et plus particulièrement vers l’édition ? Qu’est-ce qui te plaît ?
Je me suis tournée vers le master IEC car je cherchais un master avec de l’alternance, c’était un point fondamental pour moi car j’avais déjà fait deux masters avant et je voulais vraiment me lancer dans le monde du travail. Le Master IEC offre une formation professionnalisante et c’est ce qui m’a plu. Ce que j’ai aussi beaucoup aimé c’est que les cours eux-mêmes soient très professionnalisants et concrets, il n’y a pas que de la théorie, on met la main à la pâte ! Il y a énormément de travail d’équipe et pour moi c’est quelque chose qui se reflète en entreprise aussi. En intégrant le master, j’étais axée édition, même si la communication m’intéressait aussi car elle est complémentaire, mon objectif principal était l’édition.
- As-tu toujours su que tu voulais te diriger vers l’édition en entrant au Master IEC ou avais-tu un autre projet professionnel en tête ?
Oui, je suis entrée dans le master avec l’objectif d’être éditrice même si je restais ouverte et que le master permet de découvrir d’autres domaines comme la communication ou encore le marketing. Il y a aussi de nombreux intervenants qui viennent et qui nous font découvrir un peu leur univers et des métiers qu’on ne connaît pas forcément et ça peut nous inspirer !
- Y-a-t-il un livre que tu as édité ou un projet sur lequel tu as travaillé dont tu es particulièrement fière (ou qui t’a le plus marquée) ?
Il y en a beaucoup. Je pense notamment aux tout premiers projets dans le scolaire qui m’ont ouvert la voie et qui m’ont fait aimer ça. En ce moment, je travaille sur une collection pour le Robert. C’est la première fois qu’on me confie une collection : j’ai participé à l’édition des trois premiers livres et depuis, on me recontacte pour tous les autres. Il y en a six actuellement et je travaille sur deux autres en parallèle actuellement. C’est une collection sur les régionalismes, le français parlé dans les régions francophones. Récemment est sorti Ça se dit comme ça en Belgique. C’est une collection très riche et grand public qui manie habilement expertise linguistique, culture et légèreté du discours. Je suis fière d’avoir pris la responsabilité de cette collection, de l’éditer depuis le début et j’espère que ça va continuer !
- Quels souvenirs gardes-tu du master IEC ? As-tu une anecdote drôle ou mémorable de tes années de master à nous partager ?
J’en garde de nombreux souvenirs, on était un groupe très soudé. On partageait le même objectif, on se voyait deux fois par semaine et on organisait des after-work. Tout cela était très fédérateur et les projets de groupe nous ont aussi rapprochés.
Le souvenir le plus mémorable est notre voyage de fin d’études. On est partis à Vienne et on a vécu un super voyage au contact de maisons d’édition autrichiennes. On était tous réunis dans un nouveau cadre, on a pu découvrir une nouvelle ville et rencontrer les acteurs littéraires locaux, j’en garde un très bon souvenir.
- Quel était ton cours préféré ?
J’ai beaucoup aimé les cours de PAO. Je ne connaissais pas tous les logiciels comme InDesign, Photoshop ou encore Illustrator et, à travers ce cours, j’ai pu les découvrir et les prendre en main au fur et à mesure, en travaillant sur des projets très créatifs. On avait une certaine liberté de création. Je me souviens avoir réalisé un logo que j’avais d’abord dessiné manuellement avant de le passer sur Illustrator. Cela m’a beaucoup plu, car j’apprécie particulièrement les éléments très visuels et graphiques. Ces compétences me servent dans mes missions actuelles.
- À quel projet tutoré as-tu participé ? Est-ce que tu penses que ça t’a apporté une compétence particulière ?
J’ai participé au projet Ex-Nihilo. Avec une autre camarade, on s’occupait de la mise en page de la revue. C’était un projet complet : de l’élaboration du chemin de fer, au manuscrit, en passant par la relecture, la correction, la mise en page, etc. En plus de la mise en page, j’ai aussi travaillé sur des photos et des dessins. J’aime ce côté visuel du métier et ça m’a permis de toucher au côté maquette. Ce projet m’a permis de mettre à profit de nombreuses compétences transversales de l’édito à la communication.
- Plus généralement, y a-t-il un cours, un projet ou une expérience marquante pendant le master qui t’a particulièrement aidée pour la suite ?
Dans le cadre de mon activité d’éditrice freelance, les cours de communication que j’ai suivis au sein du master me sont très utiles au quotidien. Au-delà de l’édition pure qui reste mon cœur de métier, être indépendante demande également de savoir gérer « sa vitrine » et d’être attentive aux enjeux de communication actuels (présence sur les réseaux, IA…). Cela demande donc certaines compétences en communication et la capacité de pouvoir les appliquer à différents niveaux, sur différents supports, afin de pouvoir mettre en avant son parcours et ses réalisations, dans l’objectif de pouvoir travailler avec de nouveaux clients. Être freelance c’est mener une entreprise et accepter sa posture d’entrepreneure pour garder un flux continu de missions, être en mesure d’accepter ou de refuser des projets selon son calendrier, tout en veillant à atteindre un niveau de revenu correct et suffisamment régulier, selon sa situation. Gestion, administration, communication : tout se révèle être complémentaire en micro-entreprise ; et je me suis confrontée à ce nouveau statut, finalement, en faisant confiance au temps et aux bagages déjà acquis (études, salariat, réseau), lesquels m’ont permis de l’apprivoiser et de pleinement l’assumer depuis trois ans. Le master, à travers les cours, les master class, les interventions externes, l’alternance, mais aussi la prise en main quasi autonome des projets tutorés, nous responsabilise, nous donne des clés et, je pense, participe à nous donner un peu plus confiance à ce niveau.
- As-tu des conseils à donner aux étudiants qui souhaiteraient se lancer dans l’édition après le master IEC ?
Mes conseils sont de suivre ce qu’on a envie de faire et d’être curieux. Comme je le disais, s’adapter et être curieux, sont deux choses à garder après le master pour se lancer dans l’édition. On peut être amené à tomber sur un manuscrit exceptionnel ou sur un manuscrit qui a du potentiel et qu’on doit travailler pour le faire s’épanouir. Travailler un texte, c’est prendre le temps d’y réfléchir, d’être ouvert et d’amener la pensée d’une autrice ou d’un auteur jusqu’au bout, en respectant ses intentions.
- Si professionnellement tu étais un personnage de fiction, ce serait qui ?
Je serais MacGyver, un véritable couteau suisse ! Je pense que dans l’édition, devant un manuscrit ou un projet, il y a des solutions à tout. Pour cela, il faut articuler, retricoter peut-être, faire ressortir une émotion, un message.
- Question bonus : plutôt team mémoire de fin d’année ou team projet tutoré ?
Bon, c’est sans surprise. J’en ai pas mal parlé, je suis team projet tutoré. C’était très formateur de voir cette revue Ex-Nihilo naître et finir entre nos mains !