Anaïs Guichard est éditrice chez Hachette Heroes, une maison d’édition spécialisée dans la pop culture. Passionnée par le livre, elle jongle entre créativité, gestion de projet et collaboration avec des partenaires variés (auteurs, illustrateurs, traducteurs…). Forte d’un parcours riche et diversifié – d’attachée de presse à lectrice en anglais et assistante éditoriale jeunesse – elle a su tracer son chemin avec détermination. Aujourd’hui, elle contribue au développement de titres inspirés des plus grandes licences comme Disney, Netflix ou Warner Bros., alliant exigence et passion pour l’imaginaire.

 Anaïs Guichard est éditrice chez Hachette Heroes, une maison d’édition spécialisée dans la pop culture. Passionnée par le livre, elle jongle entre créativité, gestion de projet et collaboration avec des partenaires variés (auteurs, illustrateurs, traducteurs…).
  1. Quelles sont tes missions en tant qu’éditrice et qu’est-ce qui te plaît particulièrement dans ton métier ?

En tant qu’éditrice, je suis responsable du suivi éditorial d’une trentaine voire d’une quarantaine de livres par an. Mes collègues et moi départageons les projets – souvent en fonction de nos envies ou de manière équitable –, puis, c’est à moi de trouver les bons partenaires (auteurs, traducteurs, illustrateurs, graphistes, relecteurs, etc.) pour chacun de mes titres. J’accompagne et je vérifie que tout le monde avance convenablement dans le respect du brief, du planning et du budget alloués.

En parallèle, j’effectue de la veille pour détecter les nouvelles tendances et proposer de nouveaux projets.

Ce que j’aime dans ce métier, c’est d’abord la créativité ! J’ai la chance de travailler sur plusieurs formats : des romans, des romans graphiques, des livres de coloriage, des boîtes de jeux, des livres de cuisine, de la papeterie ou encore des beaux-livres. Cela ouvre vraiment le champ des possibles ! Je réfléchis autant au texte qu’à l’image, autant à la beauté du livre-objet qu’à la pertinence du sujet, et la pop culture est si vaste que nous fourmillons d’idées. Bref, je touche à tout, je ne m’ennuie jamais et j’apprends sans arrêt.

Et ensuite, la relation avec les intervenants et la recherche de nouveaux « talents ». Chez Hachette Heroes, nous collaborons avec des licences telles que Disney, Netflix, Warner Bros., Mattel, Kodansha, etc. Ce sont les ayants droit, ils ont des règles à faire respecter et nous devons tout leur faire approuver. C’est un aspect de mon métier qui demande diplomatie et flexibilité. Moins spécifique à Heroes mais qui s’applique à tout éditeur : nous sommes les « chefs d’orchestre » d’un livre. Nous cherchons constamment des auteurs et illustrateurs talentueux, qui peuvent éclore et s’épanouir dans notre catalogue. Nous dirigeons et tissons ensuite les liens entre nos prestataires (auteurs, illustrateurs, graphistes, photographes, etc.) et nos départements internes (la fabrication, la gestion, le marketing, l’artistique). C’est donc un métier très humain et délicat.

  1. Quel était ton projet professionnel avant de commencer tes études et comment a-t-il évolué au fil de ton parcours universitaire ?

Depuis ma terminale littéraire, j’ai toujours voulu travailler dans les « métiers du livre ». J’ai d’abord pensé à être libraire, mais j’ai ensuite préféré me tourner vers l’édition. J’ai oscillé entre éditrice et attachée de presse dans la littérature blanche et les essais/documents pendant quelques années, en ayant toujours pour objectif d’aller dans la jeunesse. Je dois avouer, la pop culture était aussi un rêve, mais plus difficilement atteignable (le nombre de maisons spécialisées dans ce domaine se comptait sur les doigts d’une main). Après quelques difficultés et de gros doutes, mes opportunités professionnelles m’ont amenée jusqu’ici, en passant par un parcours universitaire riche et varié qui m’a permis d’explorer différentes facettes du monde du livre :

  • j’ai fait une terminale littéraire puis un DUT Métiers du Livre et du Patrimoine à Paris (sur deux ans, avec des stages) ;
  • j’ai effectué une Licence Professionnelle Communication Audiovisuelle à Saint-Cloud (sur un an, avec un stage), car je voulais allier la promotion des livres avec la vidéo ;
  • j’ai arrêté mes études pour partir en road-trip de trois mois aux USA. Quand je suis revenue à Paris, je suis devenue attachée de presse et assistante éditoriale pour une petite maison d’édition, et lectrice anglaise ;
  • après trois ans de pause universitaire, j’ai effectué le Master IEC pour me perfectionner dans l’éditorial et me spécialiser dans la jeunesse.
  1. Pourquoi avoir choisi le Master IEC ?

Il m’était impossible de reprendre mes études sans garder un pied dans le monde professionnel. De plus, après avoir travaillé dans la communication et l’éditorial, je préférerais que les cours – théoriques comme pratiques – soient portés par des professionnels. Le Master IEC, qui est en région parisienne, proposait tout cela : un rythme d’alternance pratique et une formation universitaire attractive.

  1. Que retiens-tu de ce master ?

J’ai adoré la « Diffusion-Librairie » avec Caroline De Salaberry, chargée des relations libraires chez Actes Sud Jeunesse. J’ai ainsi mieux compris la réalité de son métier, à la fois commercial et marketing. Le cours d’Aurélien Coustillac sur l’« Écriture et Médias » m’a mis au défi d’écrire et mettre en page un véritable reportage journalistique. De même que la « Rhétorique de l’image » avec Béatrice Turpin qui m’a permis de mieux analyser les illustrations et photographies d’un livre comme d’une affiche commerciale.

Ma promotion était formidable, il y avait une bonne entente et je suis aujourd’hui toujours en contact avec une partie de mes camarades (de manière personnelle comme professionnelle). Les projets tutorés (l’organisation du voyage à Montpellier et la création du podcast Les Vilains Petits Canards) sont aussi des accomplissements dont je suis fière.

  1. Peux-tu nous parler de ton expérience d’alternance ? Comment l’as-tu trouvée et quel impact a-t-elle eu sur ton projet professionnel ?

Ma recherche d’alternance fut assez simple et rapide ! J’ai candidaté de manière spontanée auprès de la directrice éditoriale d’Edi8 jeunesse début juin, et à la mi-juin je passais un premier entretien pour l’une de leurs maisons. Cela ne s’est pas confirmé, mais mon CV est passé de mains en mains. Finalement, début juillet, j’acceptais le poste d’assistante éditoriale chez Slalom. J’ai adoré mon apprentissage, qui a été très formateur. Lorsque j’ai commencé, il n’y avait que la responsable éditoriale et moi ; j’ai donc vite travaillé sur mes « propres » titres, sous le regard attentif mais confiant de ma cheffe. J’ai aussi dû faire preuve d’adaptabilité, car j’ai vu la ligne éditoriale changer (des livres pour les 8-12 ans aux romans pour les 12-18) et la maison se restructurer (nouvelles responsable et éditrice, changements d’attachée de presse et de community manager). Heureuse de mon expérience, après seulement six mois d’apprentissage, j’étais déjà sûre de vouloir travailler dans l’édition jeunesse.

  1. Comment es-tu entrée dans la vie active après avoir été diplômée ? Quels défis as-tu rencontrés ?

Après l’obtention de mon diplôme fin septembre 2020, je me suis mise en freelance pour devenir lectrice pour Slalom et PKJ (qui appartient également à Edi8). Six mois plus tard, grâce à une camarade de master, j’ai décroché un CDD d’assistante éditoriale chez Solar, au département « Lifestyle ». Certes, je ne voulais pas forcément travailler dans le pratique, mais cela me permettait de rester chez Editis et de continuer à apprendre, à m’améliorer. J’ai ainsi travaillé avec la responsable éditoriale sur une vingtaine de titres (jeux, loisirs créatifs, papeterie, beaux-livres) entre avril et août 2021. Ce fut une belle expérience et une bonne stratégie car en septembre, j’ai obtenu mon premier CDI en tant qu’éditrice junior chez 404 Éditions et Les Livres du Dragon d’Or. J’étais rentrée au bercail, au sein d’Edi8 jeunesse, et j’usais de mon expérience dans le pratique pour travailler à la fois sur du roman et des livres et jeux illustrés sous licences.

Toutefois, jongler entre deux maisons d’édition n’est pas chose aisée… Cette création de poste étant assez hybride, j’ai compris au bout de huit mois que ça ne me convenait pas. D’un commun accord avec mes responsables, j’ai décidé de partir et de faire une pause dans l’édition. Je suis devenue barista et autrice pour 404 Éditions, ce qui m’a permis de reprendre confiance en moi. La recherche d’un nouveau poste dans l’édition n’a pas été simple, bien au contraire. Mais après un an de candidatures, j’ai été engagée en CDD chez Hachette Heroes. Six mois plus tard, j’ai signé mon CDI, et cela va bientôt faire deux ans que j’y suis !

  1. Comment tes expériences variées (travail éditorial, assistante manager) ont-elles façonné ton parcours et en quoi ton poste actuel correspond-il à tes attentes lors de tes études ?

Vous l’avez compris, si vous êtes arrivés jusqu’à cette question, que je me suis essayée à pas mal de choses, tout en restant dans l’édition. J’ai saisi les opportunités, j’ai tenté et je me suis amusée, j’ai douté et je me suis même parfois ratée, mais je n’ai jamais laissé tomber. Je pense justement que mes « écarts » de parcours m’ont permis de préciser au fur et à mesure mon objectif professionnel, ce qui a rendu le cheminement assez « naturel » quand on regarde l’ensemble.

Ce poste actuel correspond totalement à mes attentes lors de mes études ! Ça rejoint ce que je viens de dire : j’avais une logique universitaire plus ou moins inconsciente. Par choix, j’ai effectué des études professionnelles avec stages et apprentissage pour travailler rapidement dans les métiers du livre. J’ai visé l’éditorial jeunesse, mais je rêvais secrètement d’allier mes deux passions que sont les livres et la pop culture – un univers qui s’adresse à toutes les générations. J’ai découvert le domaine du pratique-illustré et, aujourd’hui, je suis éditrice chez Hachette Heroes.

  1. Selon toi, quelles compétences et/ou qualités faut-il avoir pour devenir éditrice et plus largement, pour travailler dans l’édition ?

La créativité et la passion : les marchés littéraires français et internationaux sont toujours en évolution. Il faut donc être attentif et intéressé par ce qui se fait, et même ce qui se fera plus tard. Sans cette appétence pour la beauté, la praticité, la pédagogie et le divertissement qu’offre un livre, on ne peut pas tenir très longtemps dans l’édition.

L’organisation et la polyvalence : être éditeur, c’est travailler sur plusieurs titres en même temps, tout en vérifiant la fabrication des livres récemment terminés et en pensant déjà aux projets futurs. Il faut avoir des connaissances littéraires (orthotypographie, syntaxe, classification et construction d’un récit, etc.), un œil graphique (pour les maquettes de couverture et d’intérieur, les effets de fabrication), une logique budgétaire (combien ce livre nous coûte-t-il et combien va-t-il nous rapporter ?) et un bon relationnel (ce n’est pas pour rien que l’on parle de la « chaîne » du livre, nous dépendons tous les uns des autres). Bref, tout cela s’acquiert au fil du temps, mais être désordonné et peu touche-à-tout n’aidera pas.

  1. Que pourrais-tu conseiller aux étudiants qui voudraient se lancer dans l’édition ?

Soyez passionnés, déterminés, courageux et curieux !

Sans avoir à suivre Livres Hebdo et ActuaLitté tous les jours, il est intéressant de regarder ce qu’il se fait et ce qu’il se dit dans le milieu (qui vous intéresse) ; les tendances, la création de labels, la restructuration des maisons et des groupes, les avis des lecteurs, etc.

Cela nourrit notamment les entretiens, où – s’il vous plaît ! – vous venez avec une petite connaissance de la maison d’édition. Personnellement, je suis prête à prendre un stagiaire ou un alternant sans grandes expériences, mais qui se montre enthousiaste à l’idée de travailler avec Disney et sur du Tolkien, du Taylor Swift ou même de la mythologie grecque.

N’ayez pas peur de diverger un peu de votre objectif et saisissez les opportunités professionnelles qui se présentent (sans toutefois se lancer tête la première dans n’importe quoi). Chaque maison, chaque service et chaque salarié a sa façon de travailler ; vous allez pouvoir emmagasiner plein de choses différentes.

Mais attention, on vous le répétera assez souvent, l’édition est un petit milieu. Ce que vous faites et ce que vous dîtes peut facilement se savoir et se partager. Maintenant, si vous travaillez bien et que vous montrez votre passion et détermination, vous allez vite évoluer. Et ainsi, vous pourrez construire votre carnet d’adresses.

Et enfin, préservez-vous ! L’édition est un « métier passion », mais justement, c’est assez piégeur. Nous donnons beaucoup de temps et d’énergie à notre travail. La santé, mentale comme physique, est plus importante que le reste.

  1. Comment vois-tu l’avenir du métier d’éditeur ?

Le métier d’éditeur est en plein questionnement. Il sera de plus en plus politique et engagé, avec une concurrence (trop) forte créée par des rachats de maisons. Il sera en symbiose, pas toujours confortable, avec le numérique (réseaux sociaux et intelligence artificielle). La parole francophone sera plus forte et audible grâce à une place moins importante du marché anglo-saxon.

Anaïs Guichard nous montre que le métier d’éditrice est à la fois créatif et exigeant, demandant organisation, polyvalence et passion. Son parcours, fait de diverses expériences et d’une formation solide, prouve que la curiosité et l’adaptabilité sont clés dans l’édition. Elle encourage les futurs professionnels à saisir les opportunités, à nourrir leur passion et à rester équilibrés face aux défis du métier. Un témoignage inspirant d’une carrière façonnée par la persévérance et l’amour des livres.