Vivre de sa plume est un beau métier. Servir des causes humanitaires grâce à cette plume est encore mieux : on appelle cela la littérature solidaire. C’est ce que se sont dit les auteurs, anonyme ou reconnu, dont nous allons parler aujourd’hui. En véritables héros du quotidien, James A. Levine et Tahar Ben Jelloun luttent contre le travail des enfants.

James A. Levine

Sa vie

Médecin et professeur de médecine dans le Minnesota, James A. Levine est un jour envoyé en Inde sous la demande de l’Unicef afin d’écrire un rapport sur le travail des enfants. Lors de son voyage, il découvre la prostitution des enfants, qui le bouleverse. Il fonde alors l’association Batukfoundation et décide de rallier le grand public à la cause de ces enfants des rues en écrivant un roman sur la vie de l’une d’entre eux.

Son œuvre

A-t-on jamais écrit un roman pour une si noble cause ? James A. Levine a écrit son premier roman dans le but de sauver des vies, celles des enfants de Bombay. Tous ses droits sont ainsi reversés à son association.

Différent des livres solidaires parus dans des buts semblables (citons par exemple les livres de Sœur Emmanuelle), Le cahier bleu est un roman traitant d’un sujet dont le lecteur ne s’attend absolument pas. Il suit ainsi la vie de la petite Batuk, qui est vendue par ses parents à l’âge de six ans dans un réseau de prostitution. Très attachante et pleine d’humour, la narratrice plonge le lecteur dans son quotidien révoltant alors qu’elle n’imagine pas pouvoir vivre autrement.

Dur mais réaliste, le roman n’offre pas de happy end et confronte le lecteur à la triste réalité des enfants de Bombay et d’ailleurs. L’esclavage des enfants est ici traité sous toutes ses formes, que ce soit la prostitution des deux sexes, la violence ou les lois cruelles régnant dans les orphelinats.

James A. Levine nous livre un premier roman qui, faute d’atteindre sa valeur par son style, a le mérite de bouleverser et d’interroger l’utilité de notre routine quotidienne.

James A. Levine, Le Cahier bleu (titre original : The BleuNotebook), Buchet Chastel, janvier 2010. 223 pages, 19 €.

Tahar Ben Jelloun

Sa vie

Inutile de présenter Tahar Ben Jelloun . Ce psychothérapeute, auteur entre autres de La remontée des cendres et du célèbre Racisme expliqué à ma fille, est rapidement devenu l’auteur francophone à succès que l’on connaît si bien. Ce qu’on connaît moins bien, en revanche, c’est jusqu’où peut aller son altruisme. Son roman pour la jeunesse L’École perdue en est un bel exemple.

Son œuvre

L’École perdue dénonce le travail des enfants en Afrique. Montrant aux enfants occidentaux ce qui se passe dans d’autres pays et les faisant réaliser la chance qu’ils ont d’avoir accès à l’éducation, ce roman adressé aux enfants de dix ans fait réfléchir sur nos conditions et souligne le fait que l’ignorance est mère de la misère. Les conditions de travail en usine des enfants sont ici mises en exergue dans leur réalité la plus crue.

Tahar Ben Jelloun, L’École perdue, « Folio Junior », Gallimard Jeunesse, Paris, 2007. 88 pages, 4€.

D’autres exemples peuvent être cités : le roman de Francesco D’Adamo, Iqbal, un enfant contre l’esclavage (Livre de Poche Jeunesse, 2007), est une histoire vraie sur le travail des enfants au Pakistan qui ne vous laissera pas indifférents.

Dans un registre un peu différent, la célèbre auteure J. K. Rowling œuvre de son côté pour une association : Children’s High Level Group, pour les enfants abandonnés, qu’elle a elle-même fondée. Les droits de son livre Les contes de Beedle le barde ont été entièrement reversés à son association.

Mais ce phénomène n’est pas nouveau : Victor Hugo luttait déjà à sa façon contre l’exploitation du travail des enfants en usines à son époque, lutte qu’il illustra notamment par un poème, « Mélancholia », paru dans le recueil Les Contemplations en 1856.

Un bon exemple à suivre : un roman, d’auteur connu ou anonyme, peut changer des milliers de vies.