De Hachette Éducation à &H, Coralie Delvigne a exploré plusieurs facettes du monde de l’édition. Entre freelance, non-fiction, parascolaire et romance, elle a construit un parcours aussi riche que polyvalent ! Aujourd’hui éditrice chez &H, elle se consacre pleinement à la romance et nous raconte les coulisses de son métier qui attire tant.

  1. Peux-tu nous parler de ton parcours, de tes différentes expériences professionnelles après le Master IEC et de ton poste actuel ?

Après le master IEC, j’ai fait un premier CDD de deux mois chez Hachette Éducation. J’effectuais du suivi scolaire sur des manuels de sciences. Ensuite est venue la période du Covid, j’étais donc en freelance pendant plusieurs mois, toujours pour Hachette Éducation. Fin 2020, j’ai été recrutée par les éditions de L’Opportun, qui comprennent L’Opportun, Nisha et cætera et L’Étudiant. J’y suis restée jusqu’en 2024 en tant qu’éditrice junior dans un premier temps, puis éditrice. Je faisais du suivi éditorial sur les trois marques, donc non-fiction, romance et parascolaire. Il y a un peu plus d’un an maintenant, j’ai été recrutée chez &H, en tant qu’éditrice, cette fois-ci pour la collection romance uniquement.

  1. Quelles sont tes missions au sein de &H ?

Mes missions sont assez variées, le suivi éditorial représente beaucoup de choses.

Il y a effectivement la relecture de texte, l’annotation, la relation avec les auteurs, le recrutement de textes (je lis des manuscrits en français et en anglais pour recruter les titres à venir au catalogue), la rédaction de quatrièmes de couverture, les argumentaires commerciaux, la recherche iconographique, les briefs de couverture… En résumé, tout le suivi du texte en de A à Z jusqu’au moment où on donne le BAT pour l’impression. J’accompagne aussi régulièrement des autrices en dédicace, ça fait partie de notre politique au sein de &H, être le plus possible avec les auteurs et aller au contact des libraires.

  1. Pourquoi t’être tournée vers l’édition ?

Initialement, je me destinais totalement à autre chose. Je voulais être vétérinaire étant petite, mais je me suis vite rendu compte que ce n’était pas ce que j’aimais faire. J’ai commencé à réfléchir au métier que je pourrais faire en rapport avec le livre, je pense comme tout le monde dans ce genre de métier, on est essentiellement dans ce secteur parce qu’on adore lire. Le métier d’éditrice s’est un peu imposé à moi, je me suis dirigée vers ce domaine dans mes études et aussi au niveau de mes stages et expériences, ce qui m’a confirmé que ce métier était fait pour moi.

  1. Pourquoi avoir choisi la romance ?

Au départ, c’était très loin des textes sur lesquels j’avais l’habitude de travailler, toutes mes expériences précédentes en stage et mon premier CDD étaient plutôt de la non-fiction (guides touristiques, fascicules de collection, du scolaire…). C’est en travaillant aux éditions de L’Opportun que je me suis rendu compte que la romance prenait beaucoup plus de place dans mon travail, que c’était ce que je préférais, pas seulement les textes, mais aussi l’univers de la romance, aller au contact du lectorat. C’est vraiment un milieu qui m’a beaucoup plu, et c’est aussi ce que je lis sur mon temps personnel, c’est donc un peu comme allier ma passion et mon travail.

  1. Quelles qualités essentielles faut-il selon toi pour devenir éditrice aujourd’hui ?

Il faut être très organisé. C’est un métier dans lequel on n’a pas de journée type, on s’occupe de tâches différentes, il faut parfois prioriser certaines urgences et savoir s’adapter en fonction des délais qu’on a, qui sont parfois raccourcis. Je prends un exemple, si nous décidons de faire un jaspage sur un livre, il va falloir rendre les fichiers plus tôt que la date de BAT initialement prévue. Il faut aussi s’adapter aux contraintes des auteurs qui ont parfois des empêchements, ce qui bouscule les plannings. Il faut également s’armer de patience, parce que c’est aussi beaucoup de relationnel, beaucoup de négociations, surtout quand on s’occupe aussi de la négociation des contrats, ce que j’ai l’occasion de faire maintenant aussi. Savoir s’adapter, c’est la principale qualité, je dirais. Et bien sûr, aimer lire et savoir lire, avec un regard analytique, évidemment.

  1. Quel est l’aspect du métier que tu n’imaginais pas du tout avant d’entrer dans l’édition ?

Je ne pensais pas du tout, en devenant éditrice, que j’allais sociabiliser. Pour moi, être éditrice, c’était vraiment un métier de l’ombre, on travaille sur le texte, il y a peu d’interactions comme il peut y avoir dans d’autres métiers. Mais je me suis rendu compte que j’aimais aller au contact du lectorat, au contact des libraires, c’est un aspect du métier que je n’avais pas soupçonné, et que j’aime beaucoup.

  1. Quelle fausse idée sur le métier d’éditrice ou sur la romance aimerais-tu déconstruire ?

Quand on parle du métier, les gens pensent qu’on lit toute la journée, ce qui n’est pas le cas. Il y a effectivement des journées où je fais beaucoup d’editing, beaucoup de lecture de manuscrits, mais il y a également des journées où je fais totalement autre chose, toutes les autres micro-tâches, que ce soit rédiger des quatrièmes de couverture, négocier des contrats… C’est donc beaucoup plus compliqué que ça. Sur la romance en tant que telle, je dirais que la plupart du temps, les gens ont un peu cette idée que la romance, c’est vraiment que des textes légers. Alors qu’en réalité, en tout cas dans la romance contemporaine telle que nous, on l’édite actuellement, il y a beaucoup de sujets durs qui sont abordés, il y a beaucoup de réflexion aussi sur la société contemporaine, des messages engagés qui sont passés, c’est beaucoup plus profond que ce que les gens peuvent s’imaginer.

  1. Quel est le livre que tu as édité et dont tu es la plus fière ? Celui qui t’a le plus marquée ?

Je dirais Endless Fall de Louise Langlois. Premièrement, c’est le premier livre que j’ai recruté de A à Z, j’ai été le lire sur Wattpad, et je me suis chargée du suivi éditorial. À ce moment-là, je m’occupais aussi de la promotion des livres chez Nisha et cætera. Donc j’ai aussi réalisé toute la partie promotion, relations libraires sur ce livre. En plus de ça, je me suis très bien entendu avec l’autrice. Le manuscrit a été un vrai coup de cœur pour moi, quand je l’ai lu sur Wattpad, je me suis dit « il est absolument hors de question que je n’édite pas ce livre ». Je le choisis aussi pour le fait que ça a été le premier livre que j’ai édité qui a dépassé le millier d’exemplaires vendus, c’est une petite fierté personnelle aussi. Le message qu’Endless Fall fait passer est très important, j’ai vu beaucoup de retours de lectrices qui étaient touchées par ce livre et qui disaient qu’il les avait aidées. C’est une des raisons pour lesquelles je me dis que j’aime faire ce métier. C’est quand je vois que les livres que j’ai édités ont servi à des personnes, que ça les a touchées à ce point-là.

  1. Quel souvenir gardes-tu du Master IEC ?

Je n’y ai fait qu’une année, étant arrivée en deuxième année, mais dans l’ensemble, ça a été une plutôt bonne expérience dans le sens où j’avais une promotion très sympa. On s’entendait tous plutôt bien. On avait fait un chouette voyage scolaire aussi.

  1. Quel était ton cours préféré ?

Alors mon cours préféré était le cours de PAO, parce qu’on avait une prof vraiment adorable qui nous a beaucoup aidés, elle était beaucoup dans l’accompagnement avec les étudiants. Elle faisait en sorte qu’on se sente bien dans le master. Je me rappelle que son cours était toujours le moment que je préférais parce que c’était plutôt calme et très créatif.

  1. À quel projet tutoré as-tu participé ? Est-ce que tu penses que ça t’a apporté une compétence particulière ?

J’étais dans le groupe livret de promotion, donc on s’occupait du yearbook. En termes de compétences, c’était le premier livre qu’on a édité ensemble, je dirais. Mon rôle était de m’occuper de retoucher les photos des camarades. Ça pouvait être juste gommer des imperfections, ce genre de choses. Parfois, dans le fond des photos, il y avait des détails, des personnes, des éléments à gommer. J’avoue que c’est quelque chose que j’ai beaucoup aimé faire, même si aujourd’hui, je pense que je ne saurais plus du tout faire ça sur Photoshop, parce que je ne l’ai pas refait depuis. Sinon, ça m’a apporté des compétences de gestion de projet et de travail en groupe. C’était vraiment la première fois que je menais un projet de livre.

  1. As-tu des conseils à donner aux étudiants qui souhaiteraient se lancer dans l’édition ?

Je leur dirais qu’il faut s’accrocher, parce que c’est une filière très sélective. Il ne faut pas hésiter à postuler dans le plus d’endroits possible. Ce que je conseille, c’est de faire un master en alternance. Ce qui est le plus formateur, c’est finalement l’expérience professionnelle, de pouvoir mettre en pratique ce qu’on apprend théoriquement parlant en cours. Ensuite, je dirais qu’il ne faut pas se limiter à un secteur précis. C’est-à-dire que si vous avez envie de travailler dans la jeunesse, par exemple, c’est assez prisé. Donc, il y a peu de chances que vous trouviez forcément le stage ou l’expérience de vos rêves dès le début. Donc, je dirais qu’il ne faut vraiment pas se fermer de portes et ne pas hésiter à aller vers des choses qui ne vous plaisent pas forcément, comme par exemple le scolaire, typiquement, parce que c’est considéré comme très formateur, cela peut après vous servir au niveau du recrutement plus tard par d’autres entreprises qui vont se dire « tiens, elle a fait ça, je sais que c’est très intense, c’est formateur ». Ça pourra toujours être un plus. Il ne faut pas hésiter à tester plein de choses aussi pour essayer de savoir exactement dans quel secteur du livre vous avez envie de travailler, en termes de publications et de production éditoriale ou même en termes de poste.

  1. Plutôt team mémoire de fin d’année ou team projet tutoré ?

Ah, projet tutoré. Le mémoire, c’était vraiment un truc que je n’avais pas du tout envie de faire. Projet tutoré, à fond !

  1. Quelle scène de romance aurais-tu vraiment aimé vivre ?

Je ne peux pas en parler, en fait, parce que c’est un livre qui n’est pas sorti. Mais disons que j’ai recruté un texte dont je ne peux pas parler, mais dans lequel le love interest est incroyable, il fait plein de petites choses pour l’héroïne qui me font me dire « Mais en fait, si je veux vivre une relation un jour dans ma vie, je veux ça, je veux tout ça ». Il lui construit une bibliothèque, par exemple.

  1. Dans un univers parallèle, tu es éditrice, mais pas en romance, quel genre éditerais-tu ?

J’aimais bien tout ce qui était guide touristique. Le tourisme, c’était un autre secteur vers lequel j’avais pensé m’orienter avant d’être éditrice. Donc j’avoue qu’effectivement, rédiger des petits guides, c’est sympa.

  1. Ta trope ou micro-trope préférée en romance ?

Je suis très enemies-to-lovers. Ça, c’est sûr. Après, j’aime beaucoup le slow burn aussi. Tout ce qui va avec en micro-trope également, le one bed trope, ça, j’aime beaucoup. La trope found family aussi. Et le classique : Who did this to you ?

  1. Si ton métier d’éditrice était un personnage de fiction, lequel choisirais-tu ?

Je pense que je serais Olivia dans Before Storm. Elle est la cheffe de campagne de Damen qui est candidat à la présidentielle, c’est un peu le personnage de l’ombre qui gère le planning, qui l’accompagne et le conseille à toutes les étapes, qui s’assure que tout soit le plus parfait possible. C’est un peu le rôle de l’éditrice aussi, de faire le lien entre tous les acteurs de la chaîne de production du livre, d’accompagner l’auteurice du début à la fin, de faire en sorte que l’objet-livre soit le plus parfait possible et que la sortie soit une réussite. L’éditrice est un peu la cheffe d’orchestre invisible du livre donc je trouve que ça ressemble pas mal à ce que fait Olivia !

  1. As-tu une anecdote drôle ou mémorable du master ?

Je garde de très bons souvenirs de l’année avec ma promo en général, surtout du voyage qu’on a fait à Budapest à la fin de l’année. Et peut être aussi qu’on était une promo presque entièrement féminine !