L’édition parascolaire : le marché de l’angoisse

Le marché de l’édition parascolaire est affublé d’un surnom bien particulier et peu avenant : « le marché de l’angoisse ». Pourquoi une telle dénomination ? Dessert-elle les éditeurs ?

Les produits parascolaires accompagnent les élèves dans leur scolarité. Marché annexe du marché scolaire, les produits parascolaires ne sont en principe pas prescrits par les enseignants et répondent à une demande des élèves et/ou de leurs parents. Classiques de la littérature française accompagnés de notes, annales du brevet et du baccalauréat, révisions de l’année en cours… vous en avez tous eu au moins un entre les mains, sans réaliser les mécanismes de ce marché.

Les cahiers de vacances, créés par Magnard en 1933, sont la parfaite illustration d’un marché surfant sur l’inquiétude des parents.

Un phénomène pas si récent

C’est dès les années 1980 que ce surnom de « marché de l’angoisse » pour désigner le parascolaire est apparu en France, motivé par des phénomènes sociologiques alors en phase et qui n’ont pas disparu aujourd’hui. Parmi ceux-ci, la réussite scolaire comme réponse aux difficultés d’insertion socio-professionnelles des jeunes, elles-mêmes liées au phénomène du chômage.

Des parents victimes

Deux craintes majeures hantent l’esprit des parents d’élèves : celle de la qualité de la scolarité de leurs enfants, et celle de ne pas faire le maximum pour leurs protégés. Les parents mettent ainsi tous leurs espoirs dans la réussite scolaire de leurs enfants, qui devient un véritable besoin. En France, où la culture scolaire est particulièrement ancrée et où l’enfant se définit en premier lieu par son parcours scolaire, ce phénomène est important et le marché du parascolaire est très captif. Les parents sont donc des victimes, certes, mais poussent leurs enfants à angoisser comme eux.

Un portrait-robot des parents adeptes du parascolaire pour leurs enfants a été dressé par deux sociologues, Michelle Colin et Charles Coridian. Ces parents appartiennent pour la plupart aux classes dites « moyennes » de la population (cadres et professions intermédiaires) et ont besoin d’être rassurés quant à l’éducation de leurs enfants par le biais d’outils concrets. Ce sont des indépendants fortunés, qui ont poursuivi leurs études au moins jusqu’au baccalauréat et qui placent leurs enfants dans des institutions publiques.

La remise en cause des institutions

La transmission d’un capital culturel au sein des familles devient au sein du « marché de l’angoisse » un besoin de plus en plus pressant. Héritage culturel que veulent transmettre les parents à leurs enfants pour leur permettre plus tard d’accéder à une bonne position sociale, le capital culturel semble prendre l’avantage sur l’autorité des institutions. En effet, les parents font dispenser des « cours particuliers » à leurs enfants car les cours donnés à l’école ne leur suffisent pas, et la vente de produits parascolaires ne cesse de croître. On s’aperçoit également que les enseignants ne semblent plus avoir autant d’autorité qu’auparavant : les tensions sont fréquentes entre parents et enseignants, comme le dénonçait déjà il y a une dizaine d’années la journaliste Claire Chartier.

La Méthode Boscher, Éditions Belin, 2004

Une angoisse bénéfique pour les éditeurs

Face à ce manque de confiance de plus en plus marqué, les parents ont même recours à des outils qui ont fait leur preuve avec eux dans le passé. C’est ce qui explique le succès de la Méthode Boscher, comme le souligne le magazine professionnel Livres Hebdo dans son numéro du 26 février 2010 : c’est « un livre du patrimoine » qui comporte un « côté intergénérationnel : on retrouve le livre dans lequel on a appris à lire » .

Loin de desservir les éditeurs, le « marché de l’angoisse » constitue donc pour eux une véritable mine d’or. Les éditeurs utilisent cette angoisse parentale dont ils sont parfaitement conscients en l’exploitant et même en la renforçant, faisant primer l’aspect commercial du secteur sur l’aspect pédagogique et éditorial.