Actuellement éditrice au pôle fiction étrangère de Nathan Jeunesse, Angéline Ciréderf incarne une nouvelle génération d’éditrices passionnées et curieuses. Son parcours dans l’édition, riche et diversifié, l’a conduite à développer une expertise complète du monde du livre jeunesse. De la découverte de nouveaux talents à la mise en valeur d’auteurs internationaux, elle met son savoir-faire au service d’un catalogue exigeant et inspirant !

Photographie de Lou Boury (@lou.inspi)
  1. Peux-tu nous parler de ton parcours, tes différentes expériences professionnelles après le master IEC et de ton poste actuel ?

Je suis rentrée dans le Master IEC en septembre 2018 et j’ai fini le master un an après, en 2019. J’étais à cette époque-là en alternance aux éditions Magnard Jeunesse qui malheureusement n’existent plus aujourd’hui en tant que tel.

Puis, assez vite, avant même d’avoir achevé mon année de master, j’ai été recrutée en tant qu’éditrice junior aux éditions Hachette Romans. Et j’y suis restée trois ans et demi.

Après cette expérience, je suis repassée freelance et j’ai travaillé pour plusieurs maisons d’édition jeunesse principalement et un peu de romance.

Donc pendant un an, je suis restée freelance, puis de juillet 2024 jusqu’à peu près mi-avril 2025, j’étais en poste à la correction chez PKJ et depuis avril de cette année, je suis éditrice au sein des éditions Nathan Jeunesse, du côté de la fiction étrangère et je m’occupe des titres plutôt axés imaginaire, des titres pour les huit ans et plus, adolescents et young adult.

  1. Quelles sont tes missions au sein de Nathan ?

Alors parmi mes missions, je m’occupe de lire les manuscrits en anglais. Une fois qu’ils ont été triés, je les présente en comité, je les défends. Il m’arrive aussi de retravailler certains textes, d’en faire le suivi éditorial.

Je fais aussi pas mal de coordination éditoriale avec les personnes avec qui je travaille, c’est-à-dire les correcteurs, les éditeurs externes, et après, je m’occupe de certains éléments commerciaux : j’écris la quatrième de couverture, je participe aux réunions commerciales et je présente les titres aux représentants et aux différents membres des services commerciaux.

  1. Pourquoi t’être tournée vers l’édition ? Qu’est-ce qui te plaît ?

La question est un peu facile dans le sens où je pense que la majorité des personnes vont dire que c’est parce qu’elles adoraient lire, qu’elles adoraient écrire. Et moi j’ai à peu près ce même parcours-là. J’étais passionnée de lecture, j’adorais les livres et je ne savais pas que je pouvais travailler dans ce secteur. Ça a été vraiment une révélation en seconde quand j’ai découvert que les métiers du livre existaient !

Et j’ai toujours eu cette envie de partager ce que moi j’aimais et de savoir si de potentiels lecteurs partageaient aussi cet amour de la lecture.

Au-delà de ça, j’étais une très grosse lectrice, je lisais sur toutes les plateformes et je lisais sur tous les supports, c’est-à-dire que je lisais autant des livres de littérature jeunesse que de la poésie, que des fanfictions sur Internet, etc. Et c’est ça qui m’a conduit au métier que je fais aujourd’hui et j’en suis très heureuse.

  1. Quel est le livre que tu as édité dont tu es la plus fière (ou qui t’a le plus marquée) ?

Il y a un titre chez Hachette Romans dont je suis le plus fière et cela est notamment dû au travail que j’ai apporté dessus.

C’est un titre qui s’appelle Frère noir, noir de frère qui est paru en 2022, chez Hachette Romans. Ça parle de frères qui ne sont pas de la même couleur de peau, qui ont vraiment une petite différence de couleur et ça parle de tous les sujets autour du colorisme, de la différence, du racisme, de la classe sociale. Donc c’était vraiment un texte qui est déjà magnifique et que l’autrice a vraiment très bien traité ; et je pense que ce livre m’a marquée parce que ce sont des sujets qui sont extrêmement personnels et c’est un texte qui m’a beaucoup apporté en tant qu’éditrice et puis au-delà de ça en tant que personne racisée qui travaille dans le monde de l’édition.

  1. Quels souvenirs gardes-tu du master IEC ?

Je garde d’assez bons souvenirs du master. J’y ai rencontré de super personnes et également des professeurs extrêmement intéressants.

Le master a aussi été très challengeant sur pas mal de points ; c’est un master qui apporte beaucoup de choses à ses élèves. Donc c’était enrichissant de reprendre une année d’étude et de finir justement le master avec mon expérience à l’IEC.

  1. Quel était ton cours préféré ?

Je pense que l’un des cours que j’ai préférés quand j’étais en master, c’était le cours de PAO qui était passionnant parce que je ne maîtrisais pas du tout les outils de PAO et j’ai appris beaucoup de choses cette année-là sur ce sujet.

  1. A quel projet tutoré as-tu participé ? Est-ce que tu penses que ça t’a apporté une compétence particulière ?

J’ai participé au projet tutoré Ex Nihilo, la revue littéraire du master. Initialement, ce n’était pas le projet qui me tentait le plus mais finalement le groupe avec lequel j’étais était très intéressant, on a bien travaillé ensemble.

Moi, j’étais vraiment sur la partie fabrication, au-delà d’écrire des articles et j’ai appris beaucoup de choses en termes de fabrication, donc j’étais plutôt contente. C’est vraiment super de voir comment on crée une revue et tout ce qu’on doit faire pour la faire vivre.

  1. Y a-t-il un cours, un projet ou une expérience marquante pendant le master qui t’a particulièrement aidée pour la suite ?

Je pense que le master IEC apporte pas mal de compétences parce que les cours sont assez riches. Il y a plusieurs cours qui sont très intéressants. Par exemple, dans le cours de marketing, vous allez apprendre à faire des comptes d’exploitation prévisionnel. Puis surtout, même si chaque maison d’édition a sa manière de faire des C.E.P., je trouve que c’est captivant de voir la base et comment on en crée un.

Les cours de communication aussi m’ont marquée, parce que quand on travaille dans l’édition pure et qu’on n’a que des expériences en tant qu’éditrice, enfin sur le travail du texte, on peut être amené à croire que le métier d’éditrice, c’est uniquement travailler le texte et lire. Alors que non, il y a aussi une partie prise de parole et la communication, c’est extrêmement important de la travailler.

Et c’était vraiment intéressant d’avoir des cours sur la manière de s’exprimer. Autre exemple, on avait des cours de media training avec des professionnels qui venaient d’une agence et on a appris à se tenir et à parler avec nos mains notamment.

  1. As-tu des conseils à donner aux étudiants qui souhaiteraient se lancer dans l’édition ?

Mon conseil pour les étudiants, les étudiantes qui souhaiteraient se lancer dans l’édition, c’est de s’accrocher parce que c’est un milieu qui est présenté comme bouché et ce n’est pas totalement faux. Mais dès le moment où on a envie de faire quelque chose, je pense qu’il faut aller au bout, montrer de quoi on est capable.

Le meilleur conseil que je peux donner, c’est vraiment l’expérience professionnelle car c’est ce qui va vous démarquer des autres. En acquérant de l’expérience, vous allez apprendre beaucoup de choses, et, ne vous limitez pas uniquement à un seul secteur.

Je prends l’exemple de la jeunesse. Si vous avez envie de faire de la littérature jeunesse parce que vous avez envie de travailler sur des romans Young Adult, ne vous bloquez pas uniquement sur la littérature jeunesse. Il y a d’autres secteurs qui sont extrêmement intéressants. Vous allez apprendre aussi énormément de choses qui pourraient potentiellement être restituées si un jour vous avez un poste dans la jeunesse, que ce soit le pratique, que ce soit les sciences humaines, ça vous apprend à travailler un texte, ça vous apprend à être vigilant sur plein de points. Et même si vous avez envie d’être éditeur, ne fermez pas les portes à d’autres métiers, comme les métiers de la correction par exemple, pour les maisons qui ont des services de correction, pour les métiers à la cession de droit, pour les métiers d’agents…

Donc explorez un maximum de choses, accumulez des expériences et surtout amusez-vous, allez au bout de ce que vous avez envie de faire et ne lâchez pas en cours de route !

  1. Quelle est l’anecdote la plus drôle ou mémorable de tes années de master ?

Je ne m’en souviens pas tout à fait, mais je pense qu’il y a eu quand même pas mal de choses, d’échanges avec des professeurs, assez drôles où il fallait convaincre les convaincre notamment. En général, c’est assez fun de se dire qu’il faut y aller à fond et on est quand même des adultes, mais encore assez jeunes.

Donc je dirais les moments où il faut absolument convaincre !

  1. Si ton métier d’éditrice était un personnage de fiction, ce serait qui ?

Si mon métier était un personnage de fiction, aujourd’hui, là, tout de suite, je reprendrais mon avatar au travail, c’est Détective Prout, bien sûr.

C’est un petit détective japonais qui a une tête en forme de fesses et j’adore travailler dessus. Il y a beaucoup d’anecdotes sur ce personnage. C’est intéressant de travailler avec des éditeurs et des ayants droit qui sont au Japon. Beaucoup de challenges, donc c’est pour ça que je pense que je serais Détective Prout.

  1. Plutôt team mémoire de fin d’année ou team projet tutoré ?

À choisir, plutôt projet tutoré !