L’ultra-poche, le livre anti-tablette numérique ?

Peut-être avez-vous déjà croisé quelques personnes dans le bus, dans le métro, qui lisent d’une façon un peu différente de ce qu’on a l’habitude de voir. Rien à voir avec une tablette numérique, un reader ou un smartphone, l’objet en question a des pages, une couverture et est de taille très réduite : c’est un ultra-poche !

Disponible depuis le 14 avril 2011, l’ultra-poche est présenté comme une révolution sur le site de son éditeur, .2 ou Point Deux. Livre de huit centimètres sur douze, imprimé sur du papier bible avec une couverture solide et une reliure très souple et résistante qui permet une ouverture du livre à plat sans l’abimer, l’originalité principale de l’ultra-poche se situe dans son sens de lecture : le texte est imprimé parallèlement à la reliure, les pages se tournent donc de bas en haut. Conçu pour être pratique et utilisable d’une seule main (pour que l’autre puisse tenir la barre dans le métro), le credo des éditions Point Deux est de proposer un livre tout terrain qui se glisse partout, assez léger pour être emporté en voyage sans se poser des questions de poids (et donc de choix) et proposant une nouvelle manière d’appréhender le livre, en opposition avec les nouvelles alternatives numériques de supports de lecture : smartphones, tablettes numériques et readers.

Une nouvelle façon de lire ?

L’ultra-poche joue clairement sur le tableau de la préoccupation majeure des éditeurs actuellement : le nouveau Graal qu’est la recherche de la « nouvelle façon de lire ». Epub, DRM, droits d’auteurs, internet, piratage, nouveaux acteurs du marché… Toutes ces nouvelles notions, liées au numérique, apparaissent sur le marché du livre et contribuent au capharnaüm généralisé que l’on observe quant à la direction à prendre pour les éditeurs pour assurer une pérennité à leur catalogue. Tout numérique ou version papier et version numérique ? Le numérique est-il une mode passagère ? Que choisir comme support ?

C’est en réaction au tout numérique et à ses innombrables questionnements, que les éditions Point Deux ont tenté la nouveauté en utilisant les matériaux traditionnels du livre. Les papivores ont de quoi se réjouir, cette innovation a été conçue spécialement pour eux ! Papier, papier chéri qui semble dur à quitter pour les lecteurs assidus, autant amoureux de la lecture que de l’objet-livre… Chez Point Deux, on a fait le pari que papier contre tablette, le papier l’emporterai. Ce qui a permis de mettre en place une campagne de communication essentiellement basée sur une parodie des publicités d’Apple : diablement efficace, la vidéo a été vue plus de 105 000 fois sur Youtube.

L’ultra-poche, révolution du livre sur YouTube.

Une vraie fausse initiative ?

Point Deux, ça évoque Points Seuil et la ressemblance n’est pas fortuite, l’affiliation est directe : les titres disponibles au catalogue en ultra-poche ne sont pas des nouveautés ou des œuvres inédites, ce sont dans tous les cas des best-sellers des maisons d’éditions du groupe La Martinière, propriétaire de Points Seuil. Parce que oui, cette initiative n’est pas une réelle prise de risque : un grand groupe, qui réédite des livres à succès récents ou présents dans l’actualité, sous une forme attrayante, avec une campagne de publicité virale dotée d’un humour efficace, tous les ingrédients sont réunis pour que les éditions Point Deux fasse un petit succès à défaut de s’implanter définitivement dans le paysage éditorial français. L’attrait de la nouveauté peut être à long terme atténué par le prix élevé des livres (que l’on trouve parallèlement en poche) situé entre 9 et 13 euros.

Effet de manche marketing ou réelle innovation ? L’ultra-poche ressemble à s’y méprendre à un recyclage de titres qui ont besoin d’une nouvelle jeunesse plus qu’à un bouleversement de la façon de lire qui amènerai tous les lecteurs à faire une petite rotation du poignet… Qu’en pensez-vous ?