Caitline Grammont est actuellement Directrice de clientèle chez Ekno, une agence spécialisée en communication corporate. Avec plus de dix ans d’expérience en relations médias, elle dispose d’une double expertise, à la fois en agence et chez l’annonceur, ayant exercé comme attachée de presse en agence RP et comme PR Manager en entreprise. Aujourd’hui, elle accompagne des entreprises, des fondations et des organisations dans la définition et la mise en œuvre de stratégies médiatiques efficaces. Son rôle : valoriser leur impact, renforcer leur visibilité et construire un discours cohérent, à destination des médias comme des publics professionnels ou grand public.

1. Qu’est-ce qui vous a amenée à choisir le master IEC à l’époque ?

J’étais à la recherche d’un master avec une double casquette édition et communication, et surtout qui proposait l’alternance. J’avais regardé dans toute la France ce qui existait et j’avais adoré la qualité des enseignements proposés par le master Ingénierie éditoriale et communication, le fait qu’il y ait des professeurs académiques, mais aussi des professionnels, pour rendre plus concret l’apprentissage d’un métier, le projet tutoré et le voyage professionnel. C’était mon top 1 sur toutes mes candidatures !

2. Pouvez-vous nous parler de votre expérience en alternance et ce qu’elle vous a apporté ?

Je me sens très chanceuse d’avoir pu expérimenter l’alternance pendant un an. Au-delà du revenu non négligeable que cela apporte, et qui permet de se concentrer vraiment sur ses études, l’alternance permet d’apprendre un métier auprès de professionnels aguerris, de faire partie de l’entreprise, et surtout de progresser rapidement. Après quelques mois, on me faisait confiance, je pouvais accompagner les auteurs sur des salons littéraires, j’ai pris en charge des sujets spécifiques, comme la candidature à des prix, la logistique des déplacements des auteurs, et même la promotion de quelques livres en autonomie. Et je me suis épanouie dans mes missions auprès de ma tutrice qui m’a tout appris ! Je pense que les employeurs sont sensibles au potentiel des étudiants qui ont fait de l’alternance, et je pense que c’était un vrai plus quand j’ai cherché un emploi après mes études. 

3. Avez-vous toujours souhaité faire ce métier ou est-ce venu à la suite de votre alternance ou vos expériences professionnelles ?

J’ai fait quelques pas de côté… Je rêvais de devenir critique littéraire, travailler au magazine LIRE, ou au service culture du magazine ELLE, dont les recommandations littéraires sont très qualitatives. J’étais au club journal au collège, et je me dirigeais plutôt vers des études de journalisme. Mais on m’a vite fait comprendre que c’était un peu bouché d’écrire des articles sur des sorties de livres. 

Quand j’étais en prépa, une ancienne élève est venue nous parler de son métier d’éditrice et je trouvais que c’était un bon compromis pour rester proche des livres. En arrivant à Paris en troisième année de licence, je travaillais en stage en parallèle de mes études tous les mercredis après-midi aux Éditions Alexandrines, une maison indépendante de géographie littéraire. Je touchais un peu à tout, et c’est ma tutrice Laurence qui m’a dit un jour que j’étais « faite pour être attachée de presse », que j’avais « le sens du contact ». Et sur ses sages conseils, j’ai fait un stage de six mois comme assistante presse aux Éditions Plon / Perrin / Les Escales, et j’ai adoré ! 

Et finalement, après mes études, face à la rareté des offres, je me suis dirigée vers une agence de relations presse, pour continuer à faire ce métier, mais sous un prisme différent.

4. Concrètement, quelles sont vos missions principales aujourd’hui ? À quoi ressemble une journée type ? 

Je gère un portefeuille de clients à l’agence, avec un budget associé, sur des missions de relations presse et de communication corporate : conseil stratégique, pilotage de projets, mise en œuvre opérationnelle, avec une équipe de consultants. Mon rôle est de fidéliser les clients et de participer au développement de l’agence, par exemple en participant à des consultations ou des réponses à des appels d’offres. Je représente aussi l’agence auprès de nos différentes parties prenantes, lors d’évènements professionnels.

Ma journée type commence par un café en écoutant les informations sur France Inter. Et quand j’arrive au bureau, j’aime prendre le temps d’échanger avec mes collègues. Chaque matin, une veille des sujets d’actualité est envoyée par un consultant différent, cela permet de se mettre dans le bain et de voir ce qu’il se passe dans les médias. Souvent, mes journées sont une alternance de réunions (points internes entre équipe ou avec mes clients), de rédaction (de communiqués de presse, d’éléments de langage…), et de rebondissements ! Les journées ne sont jamais linéaires, je passe d’un sujet à un autre, je priorise et je réponds à toutes les demandes, des journalistes ou de mes clients. Parfois, ma journée est entrecoupée d’un évènement. J’apprécie ne pas être toujours assise à mon bureau et d’être en mouvement ! 

5. Quelles sont les qualités ou compétences clés à développer pour exercer ce métier selon vous ? 

Pour exercer ce métier, je pense qu’il faut avant tout faire preuve de détermination : les relations médias demandent de la persévérance, surtout lorsqu’il s’agit de convaincre un journaliste ou de défendre une actualité. Ils sont submergés de mails, il est important d’être malin et d’avoir effectué un travail de recherche précis avant de les contacter. Il faut aussi savoir faire preuve d’un bon esprit de synthèse, car notre rôle consiste à traduire des messages parfois complexes en informations claires, percutantes et adaptées aux médias (par exemple, des études techniques de 60 pages).


Un excellent relationnel est indispensable : on travaille en permanence avec des journalistes, des clients, des collègues… Il faut donc être à l’aise dans les échanges, savoir écouter, s’adapter et instaurer une relation de confiance. Cela va de pair avec une aisance au téléphone, un outil de travail encore très présent dans notre quotidien.


Enfin, une très bonne plume est essentielle : qu’il s’agisse d’un communiqué, d’un argumentaire ou d’un email, tout passe par l’écrit. Et plus généralement, je crois qu’il faut aimer les gens : c’est un métier profondément humain, où l’on met en valeur les autres et où l’on construit des liens, parfois sur le long terme.

6. Comment se construit une stratégie de communication corporate ? Travaillez-vous en lien étroit avec les journalistes ? 

Une stratégie de communication corporate se construit d’abord avec beaucoup d’écoute : il faut bien comprendre les enjeux de l’entreprise, ses objectifs, sa culture, et surtout ce qu’elle souhaite faire passer comme image ou messages. Cela passe par un brief clair et bien cadré, sans quoi il est difficile de définir une ligne cohérente.


Ensuite, il faut être capable de trouver des angles originaux et pertinents pour capter l’attention, en tenant compte des attentes des médias mais aussi du contexte. On ne communique pas de la même façon sur un rachat d’entreprise que sur une visite d’un site industriel, par exemple.
Une bonne stratégie repose aussi sur la cohérence et la régularité des prises de parole, tout en laissant de la place à l’opportunisme quand l’actualité le permet.

Et bien sûr, nous travaillons en lien très étroit avec les journalistes : ils sont à la fois des relais et des partenaires. Il est essentiel d’entretenir une relation de confiance avec eux, de bien connaître leurs attentes, leurs contraintes, et de leur proposer des contenus vraiment utiles. 

7. Est-ce un métier où l’on est souvent sur le terrain, ou plutôt derrière un écran ? Quelle est la part de relationnel « en direct » dans votre quotidien ? 

Entre le terrain et l’écran, je dirais qu’il y a un juste équilibre. Ce que j’aime dans mon métier, c’est rencontrer de nouvelles personnes, aller sur le terrain : entre conférences de presse, visites de sites industriels, événements de réseau, rendez-vous chez les clients, déjeuners, déplacements, les occasions de sortir du bureau ne manquent pas.

En parallèle, je passe aussi beaucoup de temps derrière un écran, à rédiger, à coordonner, à échanger… Mais le relationnel reste la clé de mon quotidien. D’abord avec mes clients – c’est aussi pour ça que l’on parle de directrice de clientèle –, avec qui j’échange chaque jour par mail, Teams, téléphone, ou en face à face. Et bien sûr avec les journalistes, que je contacte très régulièrement. Comme ils sont très sollicités, j’utilise de plus en plus les SMS avec ceux avec qui j’ai construit une relation de confiance.

En résumé, c’est un métier qui bouge, avec une part importante d’interactions directes, même si elles peuvent parfois passer par un écran. Et c’est justement cette variété qui rend le quotidien aussi stimulant.

8. Vous arrive-t-il de gérer des situations de crise ou des prises de parole sensibles pour les entreprises ? 

Oui, il m’arrive de gérer des prises de parole sensibles ou des situations de crise, par exemple pour des clients dans l’industrie, où les enjeux peuvent être complexes, voire exposés médiatiquement.
Dans ces cas-là, la préparation est absolument clé. J’accompagne les dirigeants à travers des séances de mediatraining pour les aider à structurer leur discours, anticiper les questions sensibles, et rester cohérents avec les valeurs de leur entreprise. Aujourd’hui, toute prise de parole corporate peut potentiellement devenir sensible, même en dehors d’un contexte de crise formelle.

Face à un monde en mutation, les entreprises sont attendues sur leur positionnement face à des sujets complexes : géopolitiques, sociétaux, activistes. Et leurs silences sont parfois aussi scrutés que leurs déclarations. La communication de crise, dans ce contexte, ne se limite plus à gérer un incident interne. Elle s’élargit à la gestion des perceptions, des engagements et des prises de position sur des sujets sensibles dans l’espace public. Les entreprises deviennent des acteurs attendus, dans lesquels les citoyens placent leur confiance – ou leurs exigences.

9. Quels conseils donneriez-vous à un(e) étudiant(e) du master qui se verrait bien dans les relations presse ou la communication corporate ?

Je dirais d’abord : soyez curieux et curieuses ! Intéressez-vous à la presse (peu importe la forme : écrite, web, broadcast…), intéressez-vous aux sujets de société, à l’actualité économique, aux enjeux RSE, à ce qui fait débat. C’est essentiel pour comprendre ce qui fait une bonne information, ce qui peut intéresser un journaliste ou résonner auprès d’un public.

Ensuite, soignez votre expression écrite et orale : dans les relations presse comme en communication corporate, tout passe par la clarté du message. Il faut savoir synthétiser, argumenter, raconter une histoire… et s’adapter à son interlocuteur, que ce soit un journaliste, un client ou un dirigeant.

Je recommande aussi de s’entraîner à prendre la parole, à pitcher une actu, à convaincre. Ce sont des compétences précieuses qu’on développe parfois trop peu en formation, mais qui font la différence sur le terrain. Prenez le temps d’appeler pour réserver un restaurant par exemple, plutôt que de réserver en ligne. Il faut ramener de l’humain dans nos relations du quotidien !

Et enfin, entourez-vous de gens bienveillants, observez, posez des questions, testez des stages dans différents environnements (agence, annonceur, associations…). On apprend énormément par l’expérience. C’est un métier exigeant, mais passionnant, qui permet d’être au cœur de l’information et de travailler sur des sujets de fond, avec du sens et du lien !

À travers son parcours riche et inspirant, Caitline Grammont incarne parfaitement la passion, la rigueur et l’engagement que requièrent les métiers de la communication corporate et des relations médias. Son témoignage met en lumière l’importance de l’alternance, de la curiosité intellectuelle et du sens du relationnel dans un secteur en constante évolution. Entre stratégie, réactivité et humanité, elle nous rappelle que la communication ne se résume pas à des outils, mais qu’elle repose avant tout sur une écoute fine, une plume affûtée et des relations de confiance. Un bel exemple pour tous ceux et celles qui souhaitent évoluer dans ce domaine exigeant, mais profondément stimulant.